9 juin 2011
Une imposante vague de parapluies blancs, signifiant la protection de l'enfance, précédera ce soir le dépôt d'un millier de poupées devant les grilles de la sous-préfecture de Lorient. À l'origine de ce happening qui a peu de chose à voir avec une séance de câlinothérapie, les enseignants spécialisés des Rased (Réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté), en congrès national à Lorient, entendent manifester leur profond désarroi face au sort que leur réserve l'État depuis la réforme Darcos de 2007. «Par cette action, on veut signifier à l'État la disparition programmée des rééducateurs et l'abandon des enfants», résume, amer, FrancisJauset, président de la Fnaren(Fédération nationale des associations de rééducateurs de l'Éducation nationale). Depuis trois ans, le congrès annuel de la Fnaren s'ouvre sur fond de crise profonde. «La réforme Darcos veut rayer la profession de la carte en supprimant un tiers des effectifs par année (-27% en 2010)», résume le président.
«Sans nous, l'école est train d'exploser»
Les objectifs? Soulager les dépenses publiques(RGPP) et remplacer les rééducateurs par des heures personnalisées de soutien scolaire (2h par semaine). «C'est une politique complètement insensée. L'aide rééducative (de la petite section au CM2) n'a rien à voir avec du soutien scolaire. Les enfants sont en échec pour d'autres raisons: manque de règles, de repères, repli sur soi, instabilité... Notre travail consiste à les remettre sur le chemin des apprentissages à l'aide de compétences propres (jeux, mise en situation...). C'est une médiation qui englobe les enseignants et les parents». Une vingtaine de séances, souvent individualisées, suffisent à relancer l'enfant dans sa scolarité. «Sans nous, l'école est en train d'exploser», prévient Christiane de Nicola, de la Fnaren, qui constate déjà les dégâts considérables de cette politique avec la réduction drastique des heures de formation (400heures au lieu d'une année). «À ce rythme, les élèves ne bénéficieront plus de l'aide dont ils ont besoin», se désole Francis Jauset, qui voit dans cette casse de la profession une contradiction profonde avec l'ambition de l'Éducation nationale qui a fait de la lutte contre la violence et du harcèlement une priorité.