24 janvier 2011
«Les 3.000 premiers exemplaires sortis en novembre sont partis en un mois, uniquement grâce au bouche à oreille, un phénomène très rare dans le monde du jeu. On ne s'attendait pas du tout à ça», réagit Stéphane Daniel, gérant de la petite maison d'édition de jeux Arplay. Un retirage de 10.000 exemplaires est en cours mais «ne suffira pas pour le reste de l'année», ajoute-t-il. Le «jeu préféré des grands patrons» est présenté au salon professionnel du jeu, à Paris (jusqu'à demain, à la grande Halle de la Villette), avec son credo à prendre «au troisième degré»:«Que la force du libéralisme soit avec vous».
Un concepteur rennais
Son concepteur, John-Harvey Marwanny - alias le Rennais Stéphane Corcoral, cofondateur du magazine culturel disparu l'oeil électrique -, a posé avec ses amis pour plusieurs des portraits léchés et délibérément ringards qui composent le jeu de 54 cartes. La règle est simple: les joueurs doivent se mettre dans la peau d'un actionnaire et le premier «qui parvient à se débarrasser de tous ses salariés réussit son plan social et gagne le droit de délocaliser dans un pays totalitaire où la main-d'oeuvre est bon marché». Le jeu est basé sur un système de défausse inspiré du huit américain (ou du Uno) qui permet de jeter ses cartes «salariés» (poseuse d'amiante, travailleuse sans papiers, représentant en armes d'autodéfense, mouleur de saucisses et autres affineurs d'OGM). Le licenciement des «salariés protégés» (femme enceinte, délégué syndical, travailleur handicapé) donne droit à une prime.
Merci la crise!
«Ça parle aux gens, on est en plein dans leur quotidien. J'ai d'ailleurs un copain délégué syndical qui veut l'offrir à son patron», confie Stéphane Daniel. «Malheureusement, c'est la crise. Sinon, le jeu n'aurait jamais marché comme ça...». Implanté à Betton (35), près de Rennes, Arplay (trois salariés), créé à la fin des années 1990, se présente comme un pionnier français du jeu en éco-conception et spécifie que son jeu «est fabriqué en France, sans délocalisation».