20 août 2009 - 1 réactions
«J'ai tout de suite pensé au kidnapping. C'est une pratique très courante dans la région». C'était le 5novembre 2008, à l'aéroport de Dhusa Marreb, une ville de Somalie située à environ 350km au nord de la capitale, Mogadiscio. Membre de l'organisation humanitaire Action contre la faim (ACF), Christelle Rolland vient de passer une semaine dans ce pays livré au chaos depuis le début de la guerre civile, en 1991. Avec trois autres membres de l'ONG (une Française, une Belge et un Bulgare), elle s'apprête à prendre l'avion pour regagner Nairobi, la capitale du Kenya. «Nous avons entendu des tirs. Des hommes en armes se sont postés devant nous et on a fait ce qu'ils demandaient», explique-t-elle en avouant avoir peu de souvenirs de cet épisode. Poussés dans une voiture, ils sont aussitôt acheminés vers le lieu de détention. En neuf mois de captivité, ils n'en sortiront pas une seule fois! «Je n'ai revu le soleil que le matin de ma libération», assure-t-elle.
Toujours garder espoir
C'est à demi-mot et avec beaucoup de réserve que ChristelleRolland évoque ses conditions de détention. «Je ne souhaite pas donner de détails car il y a encore des collègues retenus là -bas et cela pourrait leur nuire». Tout en affirmant «ne pas avoir subi de mauvais traitements», elle reconnaît toutefois avoir «à certains moments, craint pour sa vie». Mais sa force aura été de garder toujours espoir. «Comme mes camarades d'infortune, j'ai bien évidemment traversé des moments de doute, se souvient Christelle. Mais nous avions la chance d'être plusieurs pour nous remonter le moral mutuellement».
Une libération calme et sereine
Cet espoir en une libération s'est finalement concrétisé le 11août dernier. «Au départ, je ne le croyais pas trop. On nous l'avait laissé espérer tellement de fois». Mais cette fois était la bonne et «ça s'est passé dans le calme et la sérénité». En fin d'après-midi, elle posait en femme libre, le pied sur le sol kenyan. Pas plus que sur sa détention, Christelle Rolland ne souhaite s'exprimer sur les conditions de sa libération et sur l'éventuel versement d'une rançon. «Pour nous protéger, ACF a toujours fait le choix de ne pas médiatiser cette histoire, explique-t-elle. Si je parle aujourd'hui, c'est uniquement pour rassurer ma famille et mes amis». De retour en France, en fin de semaine dernière, elle a depuis rejoint sa commune natale de Saint-Thuriau, près de Pontivy. «Je suis sereine et j'ai envie d'avoir des nouvelles de mes amis. Car pendant mon absence, il s'est aussi passé beaucoup de choses dans leur vie», sourit-elle. Dans l'immédiat, sa vie à elle, va se conjuguer avec des vacances bien méritées. S'agissant de son avenir professionnel, le doute subsiste. «Pour l'instant je suis encore humanitaire. Pour la suite je ne sais pas encore. Je vais devoir définir mes priorités avant de prendre une décision».