2 décembre 2010
Hier, troisième et dernier jour du procès de Jean-Michel François, âgé de 26 ans, accusé du viol et de meurtre de la jeune serveuse Pontivyenne, Stéphanie Ropers. C'était dans la nuit du 15 au 16juillet 2008. D'emblée, Me BernardBrézulier, du côté des parties civiles, a clairement dit: « On a affaire à un pervers». «Il tente de dire qu'il est dans un monde irréel mais absolument pas. Dans ses jeux virtuels, Alcore tue les méchants, lui il tue les bons». Me Jean-Jacques Le Roux a pris le relais, dans le même esprit, démontrant la montée en puissance de la violence et l'ascension criminelle de l'accusé. Dans une plaidorie d'1h 20. Et à l'adresse des jurés, parlant de ses homologues de la défense: «Je fais le même métier qu'eux, je sais ce qu'ils vont vous dire». Et il a, un à un, démonté les éléments que potentiellement la défense aurait pu utiliser, n'omettant pas à plusieurs reprises de redire «l'horreur du crime commis». Et de souligner:«François voulait, dès la première agression, commettre quelque chose d'horrible pour avoir une raison de se suicider, il ne l'a pas fait. La seconde non plus d'ailleurs, il est toujours là. Pourquoi ? N'était-ce pas encore assez horrible ?». Pour la partie civile, «ce qui s'est passé est un scénario élaboré, il n'y a pas de choses laissées au hasard et il a toujours gardé la tête froide». Et «préméditée ou pas, l'horreur reste l'horreur».
«L'affaire la plus grave de la décennie»
Alexis Bouroz, avocat général, est allé dans ce même sens. «C'est l'affaire la plus grave de la décennie aux assises du Morbihan». Pourtant, il explique comment, à la première lecture de l'affaire, il aurait pu croire «à une certaine sincérité» de l'accusé. Mais «je sais qu'il ment. Il nie les faits prouvés , il reconnaît beaucoup de choses» mais d'autres éléments tombent dans une amnésie opportune. «Le pire a été effacé de son discours, pas de sa mémoire». Pour le magistrat, l'accusé est assurément «un manipulateur doublé d'un sadique». Il demande aux jurés de le déclarer coupable de l'ensemble des faits pour lesquels il est accusé. Cependant, les experts ont parlé d'atténuation de la responsabilité, « on est obligé d'en faire quelque chose, vous ne pourrez pas aller au maximum de la peine mais sa place n'est pas en hôpital, il est responsable de ses actes. Sa place est bien en prison ».
Un tueur en série en devenir ?
L'emprise qu'il a sur les gens, sa violence et le sentiment de supériorité qui animent l'accusé ont donc fait dire aussi au représentant du ministère public: « Il fait peur parce que c'est quelqu'un de froid, méthodique et méticuleux dans ses agressions. Il n'a souvent rien montré comme sentiment». Et d'interroger: «N'avions-nous pas à faire à un tueur en série en devenir?».
«L'altération du discernement»
«Ce n'est pas un monstre mais un homme dangereux, je vous demande de le condamner à30ans de réclusion criminelle, avec une période de sureté de20ans, un suivi de santé et une peine de 5 années d'emprisonnement supplémentaire s'il ne respecte pas cette obligation de soin ainsi qu'une interdiction de séjour de 10 ans dans le Morbihan». Du côté de la défense, MeLoïcWaroux a surtout demandé aux jurés «de se dégager de toute colère et haine dans vos décisions», sans volonté d'effacer la gravité des faits. Il a aussi rappelé le parcours pour le moins chaotique du jeune homme avec «un socle familial extrêmement fragile, un traumatisme important lié à l'accident de moto, à une grand-mère incestueuse». Son second conseil, Me Pacheu, a largement axé sa défense «sur l'altération du comportement» reconnue par les experts, «même si, bien sûr, la sanction doit être lourde. Mais la justice, ce n'est pas la colère, ni la vengeance et je ne vous demande pas de compassion, ni de clémence. Oui, Jean-Michel François peut être dangereux mais cette dangerosité est potentielle. Et des soins, il en suit. Cet homme-là n'avait plus tout son discernement, il ne peut pas être condamné comme un homme en pleine possession de tous ses moyens». Le temps des plaidoiries, dans le box, on a pu voir un accusé en pleurs, les yeux baissés. Une émotion qu'il n'avait pas vraiment laissé apparaître auparavant. «Je demande pardon», a dit le jeune homme, devant une assemblée sur le qui-vive. Suivant les réquisitions du procureur, Jean-Michel François a été déclaré coupable et condamné à une peine de 30ans de réclusion criminelle, assortie d'une période de sûreté de 20 ans, et de 7 ans au lieu de 5 requis par Alexis Bouroz,, en cas de manquement à son obligation de soins, ainsi que d'une interdiction de 10 ans de séjourner dans le Morbihan.