19 octobre 2010
Condamné à dix ans de réclusion criminelle pour viol par la cour d'assises du Morbihan, un quinquagénaire se retrouvait hier, dans la peau de victime... C'est celui qu'il avait agressé sexuellement durant l'enfance qui était poursuivi. Le tribunal de Lorient a tenté de cerner, hier, les raisons qui ont conduit un Lorientais de 28 ans «à se faire justice lui-même». Le 4juin 2008, il a littéralement passé à tabac celui qui l'avait violé, quand il était enfant. Il était entré de force dans son appartement lorientais. Pendant un quart d'heure, il lui avait envoyé «une volée de coups de pied et de poing». À l'arrivée des policiers, la «victime» avait le visage sanguinolent, un bras et un doigt cassés, se soldant par 21jours d'ITT. Derrière le calme apparent du jeune homme qui se tient à la barre se cache un passé douloureux. «Il traîne comme un boulet les actes abjects qu'il a subis, pendant plusieurs années», explique son avocat. Georges Benabès raconte le calvaire de son client, violé par son grand-oncle à partir de ses cinq-six ans, jusqu'à son adolescence. «Quand il en a parlé, ses parents n'ont pas voulu le croire, ils l'ont rejeté et mis à la porte, (...), ils ne sont même pas venus pour son procès d'assises!», ajoute-t-il. En mai2008, le jeune Lorientais attend d'aller devant les assises pour voir juger son agresseur. Il apprend que le procès, prévu le 8juin 2008, est reporté. Il lui faudrait encore patienter plusieurs mois... la convocation envoyée à l'accusé n'ayant pas pu lui être remise en raison d'une erreur d'adresse. Pour le jeune homme, c'en est trop. «Son procès d'assises, c'était un moment qu'il attendait, c'était sa délivrance», observe Me Benabès. «Incompréhension et confusion qui le conduisent à passer du statut d'agressé à celui d'agresseur», constate, pour sa part, la vice-procureure. Pour l'avocat de la victime, MeHernandez, le prévenu «a appliqué la loi du talion». L'avocat du prévenu en appelle pour sa part, à la clémence du tribunal, «sa peine, ce sera déjà de payer les dommages et intérêts...», sachant que la CPAM avance une facture de soins de 62.934 EUR! Tenant compte du contexte, le tribunal a condamné à huit mois de prison avec sursis «l'agressé devenu agresseur».