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Lorient (56). Automédication sur ses enfants: deux mois avec sursis

26 janvier 2010

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C'est une affaire douloureuse que le tribunal de Lorient a eu, hier, à connaître. Une dentiste se voyait reprocher un exercice illégal de la médecine. Elle établissait des ordonnances pour ses enfants atteints d'une maladie incurable. Son fils est mort en novembre2005, à 22 ans.

 Un an plus tard, c'est le tour de sa fille. Elle allait avoir 20 ans. Ils étaient atteints d'une même maladie génétique. Face à elle, la médecine n'a pas de solution et ne peut qu'en soigner les complications. L'espérance de vie est, au mieux, de30ans. À l'approche des années 2000, leur état se dégrade. C'est aussi un tournant dans la vie du couple. En2001, il divorce et on s'entend pour que chaque parent s'occupe d'un enfant.

Par amour...

C'est dans ces conditions que la mère de famille commence à se livrer à de l'automédication pour elle-même et pour ses deuxenfants. En tant que chirurgien-dentiste, elle peut délivrer des ordonnances. Sauf qu'elles sont sans rapport avec des soins dentaires. On y trouve des anxiolytiques, anti-dépresseurs, neuroleptiques, antibiotiques, antalgiques... et même un médicament de substitution pour toxicomanes! La quinquagénaire affirme ne pas avoir pris l'initiative des prescriptions et s'être contentée de renouveler des ordonnances établies par d'autres. Elle reconnaît avoir outrepassé ses compétences, «dans la période difficile que j'ai vécue, on peut faire des choses qu'on ne peut pas expliquer...». Seul l'amour de ses enfants l'aurait poussé à agir. «J'adorais mes enfants, j'aurais tout fait pour leur bonheur!».

Mère et... médecin

Me Jung, avocat de son ex-mari, constate qu'elle «est devenue le médecin traitant en même temps que la mère des enfants». Son client «n'étant pas animé par un esprit revanchard», il se limite à réclamer un euro symbolique. Le vice-procureur, ne niant pas sa souffrance, estime «qu'elle n'en a fait qu'à sa tête». À son sens, «on n'est pas dans un amour fusionnel entre une mère et son fils, mais face à quelqu'un qui pense détenir la vérité». Il requiert contre elle, trois mois de prison avec sursis et5.000 EUR d'amende. Me Adde-Daniel, espérant une dispense de peine pour la prévenue, demande au tribunal qu'elle «ne serve pas d'exemple» a une pratique très répandue chez les médecins, habitués à se faire leurs propres ordonnances. Le tribunal a condamné sa cliente à deux mois avec sursis.

  • Christine Le Moing
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