12 janvier 2009
Les laboratoires publics départementaux pèsent 500 emplois en Bretagne. Dans un marché très concurrentiel, le privé progresse. Face à la menace, le secteur public tente des alliances.
Dans certaines régions de France, des laboratoires publics départementaux ont purement et simplement basculé dans le secteur privé, par alliance ou délégation. En Bretagne, chaque département a encore son propre laboratoire public et l'activité ne manque pas. Entre l'élevage, l'agroalimentaire et les eaux potables ou de baignade, des centaines de milliers de prélèvements et d'analyses sont effectués, chaque année, au sein d'une région dont les activités traditionnelles imposent d'innombrables contrôles sanitaires. Qu'il s'agisse des collectivités locales, des directions d'action sanitaire, d'entreprises agroalimentaires ou d'éleveurs, le nombre de prescripteurs d'analyses est particulièrement élevé en Bretagne.
Mais là où scientifiques, ingénieurs et laborantins du public régnaient jadis en maîtres, s'agite aujourd'hui un marché où la concurrence fait rage. Des puissants groupes privés (Eurofins, Carso, Silliker...) sont venus prendre leur part du gâteau. Et chaque jour, à coup de tarifs tirés vers le bas, ils taillent des croupières à des labos publics dont le mode d'organisation départementale ne constitue pas la meilleure défense. Surtout quand ils se font eux-mêmes concurrence avec, à la clef, quelques irritations bien audibles.
« Le risque sanitaire »
La tentation de basculer vers le privé, sous forme d'alliance, titille Joseph Kerguéris, le président du conseil général du Morbihan, et inquiète la centaine de salariés du labo départemental. Il l'a déjà laissé entendre et la couleur politique de son département donne corps à cette hypothèse. Elle n'est nullement partagée dans les départements voisins, de sensibilité politique différente, où le Finistérien Pierre Maille et le Costarmoricain Claudy Lebreton défendent les labos publics en argumentant sur la nécessité d'une veille sanitaire constante et d'une indispensable indépendance vis-à-vis des grands groupes. Ils émettent, en filigrane, la crainte que le privé ne s'intéresse qu'aux activités lucratives, aux dépens d'un réel service public.
On retrouve ici, sans surprise, les mêmes clivages que dans d'autres débats public-privé avec, en prime, le risque sanitaire agité comme un épouvantail. Le privé n'en continue pas moins à gagner des parts de marché, surtout dans un contexte tendu où le prix devient un critère déterminant.
La Loire-Atlantique
intéressée
Mais le service a son coût : les laboratoires départementaux ne tiennent que grâce à de substantielles subventions d'équilibre, accordées par les départements. 2,5 millions d'euros pour les Côtes-d'Armor (200 salariés), 1,8 en Ille-et-Vilaine (80 salariés), 1,3 dans le Finistère (150 salariés)... C'est trop, beaucoup trop, jugent les élus de droite, surtout dans les Côtes-d'Armor où le sujet est très polémique.
Pris en tenaille entre un secteur privé actif et des contraintes budgétaires draconiennes, les conseils généraux planchent sur des alliances interdépartementales. Le Finistérien Jean-Luc Polard et le Costarmoricain Yannick Botrel sont à la manoeuvre pour favoriser une organisation des labos au niveau de la Bretagne historique. Car si le Morbihan traîne les pieds, la Loire-Atlantique semble, elle, intéressée par une démarche régionale devenue inéluctable et qui pourrait, dans l'absolu, s'inspirer de l'exemple finistérien. En 2007, après trois années de travail en coulisses, Pierre Maille a réalisé la fusion des deux laboratoires publics départementaux. Le pôle analytique des eaux de Brest et le labo vétérinaire de Quimper ne font plus qu'un.
21 mai 2012 à 18h30
21 mai 2012 à 10h27