17 décembre 2008
L'association des géographes de Bretagne (*) a attribué hier son prix Citron 2008. Cette année, c'est un comportement qui est montré du doigt. En dévorant l'espace, les Bretons courent vers un gâchis environnemental.
Lotissements, résidences secondaires, zones d'activités, routes : près de 8.000 hectares d'espaces agricoles ou naturels de Bretagne auront été artificialisés au cours de l'année 2008. « En surface par habitant, c'est deux fois plus que la France et cinq fois plus que l'Allemagne », souligne Jacques Lescoat, président des géographes bretons.
Un chiffre d'autant plus alarmant qu'il n'a fait que croître au fil des années, passant de 2.500 hectares par an sur la période 1970-2000, à 3.600 en 2003, à 5.000 en 2005, à 5.600 en 2006, et à 7.000 en 2007.
Le prix de l'attractivité
Comment expliquer ce particularisme ? « Par l'attractivité de la région », répond l'universitaire Yves Lebahy, « en évoquant le dynamisme économique et démographique de la région, et sa séduction touristique qui lui vaut d'avoir atteint le taux record de 14 % de l'habitat affecté aux résidences secondaires. À cela s'ajoutent la préférence des Bretons pour le pavillon, leur goût pour les vastes terrains, et l'insuffisance de politiques publiques capables de calmer l'appétit d'ogre des bâtisseurs ».
Dans les petites communes, les maires connaissent tout le monde et n'osent pas refuser les permis de construire », commente Jacques Lescoat.
Le modèle breton menacé
Quant aux zones d'activités (35 % des surfaces), elles se multiplient aux entrées de ville et le long des axes. « Le drame de la Bretagne, c'est qu'il y a un échangeur tous les 6 km de voie express, alors qu'on en trouve un tous les 40 km sur les autoroutes », remarque Yves Lebahy.
Non seulement l'artificialisation des paysages avance à un rythme « terrifiant », mais leur concentration sur des territoires précis (périphéries métropolitaines, littoraux touristiques, axe Rennes-Nantes) menace l'équilibre régional. « Nous sommes en train de détruire l'originalité du modèle urbain breton, avec son tissu de petites villes », déplore Yves Lebahy. « Une immense conurbation Rennes-Nantes est en train de se constituer, et en Bretagne-Sud, nous atteignons aujourd'hui des taux d'artificialisation comparables à ceux du littoral méditerranéen ».
D'autres remèdes
que la crise
« Depuis quelques mois, la tendance à la consommation d'espace semble s'inverser », constate Jacques Lescoat. « Mais est-il normal que ce soit la crise qui gère l'espace breton ? », interroge-t-il. Pour lui, il importe de trouver d'autres remèdes à la voracité de l'étalement urbain, comme la formation des élus, la mise en cohérence des politiques urbaines ou la réorganisation des compétences territoriales.
« La Bretagne doit pouvoir accueillir les nouveaux habitants, mais cela ne passe pas forcément par la consommation effrénée de l'espace », résume le président en prônant la densification des centres-bourgs et des villes, et en préconisant de nouvelles architectures comme les Nordiques ont su les concevoir.
* L'association réunit une vingtaine de licenciés en géographie, universitaires, enseignants, professionnels de l'aménagement et de l'urbanisme.
21 mai 2012 à 18h30
21 mai 2012 à 10h27