Erdeven. Le cargo déconstruit sur la plage
Le cauchemar va durer des mois: trop abîmé pour être remorqué, leTK Bremen sera déconstruit sur la plage d'Erdeven(56) où il s'est échoué vendredi. La dune, déjà fortement endommagée par les curieux ce week-end, va encore souffrir.
Le TK Bremen, échoué depuis vendredi à Erdeven, sera bien déconstruit àmême la plage deKerminihy. L'hypothèse, évoquée, dès le premier jour, comme la plus probable par la ministre de l'Écologie et des transports Nathalie Kosciusko-Morizet, a été validée hier.
La seule solution
Les élus locaux en ont été informés hier après-midi à la sous-préfecture de Lorient, au cours d'une réunion coprésidée par le préfet du Morbihan, Jean-François Savy, et le vice-amiral d'escadre Anne-François de Saint Salvy, préfet maritime de l'Atlantique. Un représentant de l'assureur du TK Bremen assistait également à la réunion. La décision sera officialisée et explicitée aujourd'hui par la préfecture maritime et la préfecture du Morbihan. Le pourquoi est, en définitive, assez simple: selon les experts qui, depuis vendredi, examinent la coque du bateau sous toutes les coutures, il n'y avait pas d'alternative. Le cargo, dont la coque est bombée, serait fissuré à la base sur toute sa longueur. Solliciter sa structure lors d'une tentative de déséchouement conduirait à accentuer sa dégradation. Le «comment va-t-on faire maintenant?» reste entier. Toutefois, au cours de la réunion, une ambition a été évoquée: celle de mener le chantier en moins de trois mois. Un objectif qui laisse sceptique un certain nombre d'élus, sachant qu'il avait fallu un an pour venir à bout du cargo échoué devant l'île de Ré, en2006. Sans compter que le chantier de déconstruction ne débutera sans doute pas avant plusieurs semaines. Les opérations de pompage des cuves ont, certes, démarré hier matin comme prévu. Elles devaient se poursuivre la nuit dernière et seront, selon toute vraisemblance, achevées pour la fin de la semaine. Mais ensuite, il faudra probablement désamianter puis passer par des procédures d'appel d'offres avant de s'attaquer à la déconstruction elle-même.
Dune «ravagée»
Techniquement, l'opération est relativement simple: on déconstruit comme on construit, morceau (ou anneau) par morceau. Sauf que l'on n'est pas dans les bâtiments d'un arsenal mais sur une plage, qui plus est exposée deux fois par jour au retour de la marée. D'où les complications qu'on peut deviner. Des difficultés encore accrues par la volonté de préserver autant que faire se peut un cordon dunaire, déjà «ravagé par les curieux ce week-end», selon Alain Bonnec, vice-président du syndicat mixte qui gère le Grand site Gâvres-Quiberon. Pour faciliter les opérations de pompage et d'évacuation, la dune a déjà été ouverte sur quatre mètres. «Est-ce que ce sera suffisant pour faire passer les gros engins que nécessite une telle opération ou faudra-t-il élargir encore?», interroge un élu local. Pour lutter contre ce qu'AdrienLe Formal, président du Grand site dunaire, qualifie de «double peine», FrançoiseLeJossec, la maire d'Erdeven, a pris un arrêté d'interdiction d'accès au site. Le faire respecter sera un enjeu supplémentaire du vaste chantier à venir.
Le ministre fait bloc avec les ostréiculteurs
«Le scandale, c'est qu'on l'ait (le cargo) laissé partir. Je ne suis pas un spécialiste mais...». Troisjours après l'échouement du TKBremen sur une plage d'Erdeven (56), le ministre de l'Agriculture et de la pêche, Bruno Le Maire, rencontrait, hier midi, les ostréiculteurs de la ria d'Etel sur le chantier de Pierre-Fernand Guyomard, à Locoal-Mendon (56). En habile politique, il n'a eu besoin que de deux phrases pour se mettre son auditoire dans la poche. Et tant pis s'il n'a pas le moindre levier pour peser sur une réglementation maritime internationale.
Aucun chantier fermé
Par chance pour Bruno Le Maire, l'atmosphère était plutôt bon enfant au chantier Guyomard, où une bonne trentaine de professionnels l'attendait. À cela une raison principale: la publication, dimanche, de résultats d'analyses «confirmant l'absence de pollution générale dans la ria d'Etel»(*). Seuls cinq chantiers sont touchés. «Mais aucun n'est fermé», hurlait à qui voulait l'entendre JeanMahéo, le président du syndicat ostréicole de la Ria. Ces cinq chantiers peuvent commercialiser leurs huîtres placées en bassins insubmersibles. Mais rien prélever sur les parcs. Avalant goulûment quelques creuses de la Ria face caméra, le ministre a joint le geste à la parole pour faire passer le message: «Les huîtres de la rivière d'Etel sont excellentes». L'image est une des préoccupations majeures des ostréiculteurs. Ils en ont d'autres qu'on peut résumer en une formule: le montage de dossiers. Obtenir des indemnisations, des aides d'urgence, porter plainte...
«Une crise pour faire avancer les dossiers»
Message reçu par le ministre qui a promis: «Je ne vous laisserai pas tomber. Je pose le principe qu'aucun exploitant de la ria d'Etel ne soit mis en difficulté du fait que cette catastrophe». Se tournant vers le préfet: «Il faut que chaque exploitant ait la solution dans les délais nécessaires». Avant qu'Olivier Le Nézet, le président du syndicat local des pêches, n'attire l'attention du ministre sur la situation des pêcheurs à pied professionnels, Jean-Noël Yvon a également fait avancer le dossier dit de la segmentation. «Actuellement, il suffit qu'il y ait une pollution à l'entrée de la ria pour que toute la zone soit interdite», a expliqué l'ostréiculteur. Bruno Le Maire, militant autoproclamé du bon sens, a estimé que le dossier était «intéressant». C'est plutôt bon signe. Et pas révolutionnaire. «Dans les Abers, ils ont obtenu ça en six mois; nous, ça fait deux ans qu'on se bat», explique Jean-Noël Yvon avant de conclure: «C'est toujours comme ça, il faut une crise pour faire avancer les dossiers».
B.S.
* D'autres analyses ont été réalisées hier. Les résultats seront connus demain.
Retour au pays aujourd'hui pour l'équipage du cargo
Dix-sept des dix-neuf membres d'équipage du TK Bremen, de nationalités turque et azérie, doivent être rapatriés aujourd'hui par leur armement turc. Le commandant du cargo et le chef mécanicien restent à Lorient pour les besoins de l'enquête, dans l'hôtel du Port de pêche où ils sont hébergés depuis vendredi. Hier, une partie de l'équipage a pu se rendre discrètement à bord du navire échoué afin d'y récupérer leurs affaires personnelles. Les marins, accompagnés dans leurs diverses démarches par Marin'accueil, s'envoleront de l'aéroport de Lann-Bihoué ce matin à 9h.
Polémique
Par ailleurs, la polémique ne cesse de grandir autour de son départ du port de Lorient, jeudi après-midi. L'organisation environnementale Robin des Bois souligne ainsi que «la capitainerie du port de Lorient aurait pu procéder à l'ajournement de départ du TK Bremen car il présentait, dans son récent cursus, des déficiences nombreuses». Mais pour le centre de sécurité des navires de Lorient, ce cargo était parfaitement en règle. «C'était un navire suivi», explique Jean-Claude Dessert, inspecteur de l'organisme. «Il a été contrôlé par sa société de classification, le bureau Veritas, le18mai 2011 et, dans le cadre du Mémorandum de Paris(*), le13septembre en Bulgarie. «Aucune déficience n'a été notée. Il n'était pas prioritaire pour avoir une visite à Lorient». Le cargo, en provenance d'Ukraine, avait déchargé àLorient5.300t de tournesol. Il devait rallier Ipswich, dans l'est de l'Angleterre. À la capitainerie de Lorient, les officiers de ports ont reçu la consigne de leur hiérarchie de ne pas s'exprimer sur le TK Bremen.
* Depuis le début des années 2000, le Mémorandum de Paris est appliqué dans tous les ports européens. Les inspecteurs des centres de sécurité appliquent les mêmes conventions internationales qui régissent le transport maritime.
un coût estimé entre 180 et 250mEUR
Le coût pour les assureurs de la tempête Joachim, qui a balayé la France en fin de semaine dernière et causé, entre autres, l'échouement du TK Bremen, devrait se situer entre 180 et 250MEUR, selon une première estimation communiquée, hier, par la Fédération française des sociétés d'assurance (FFSA). Toujours selon cette dernière, la tempête a fait entre 80.000 et 120.000 sinistrés. «L'événement en lui-même reste un épisode modéré», a déclaré le président de la FFSA, Bernard Spitz, soulignant qu'il s'agit «de sinistres de taille modeste en général, inférieurs à 2.000EUR pour la majorité».
Appel au respect
Hier, dans un communiqué, le Syndicat mixte du grand site Gâvres-Quiberon a déploré que le site de l'échouement du TK Bremen, subisse, «en plus des impacts liés au naufrage du navire, des impacts environnementaux désastreux liés à la fréquentation déraisonnable constatée depuis l'accident. Les élus appellent donc au respect du site et comptent sur le bon sens et l'écocitoyenneté de la population pour ne pas anéantir des années de gestion écologique du site».
1 réaction
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garech
Déconstruction sur place
Il y a une dizaine d'années, un cargo (Karagonda....ou nom similaire) a brûlé à quai dans le port de Lorient. Sa coque a vrillé sous la chaleur et malgré les avis défavorables des experts qui craignaient qu'il ne sombre lors de son remorquage, il a été sorti hors du port de Lorient. Et l'on image ce que cela aurait donné s'il avait coulé en plein milieu des passes !!!
Ici, à Erdeven, il n'y a aucun obstacle pour tenter de le sortir.
Alors je ne comprends pas le raisonnement de la Marine Nationale, de ce préfet maritime et du préfet du Morbihan.
Ajouté le 20 décembre 2011 à 15h58
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