24 juin 2008
Depuis hier, la cour d'assises du Finistère juge un Brestois de 28 ans, accusé de viol aggravé sur la personne d'un autre marginal. La victime, que l'accusé nie connaître, ne s'est pas déplacée.La « victime », un Brestois de 27 ans, brille par son absence. Le jeune homme, toxicomane et très fragile, n'a pas réapparu depuis deux semaines. La dernière fois qu'on l'a vu, il traînait dans la salle des pas perdus du tribunal de Brest. À cause d'un malaise dû, apparemment, à une consommation excessive de médicaments, il est reparti du palais de justice en ambulance. Depuis, personne, ni son frère, ni son avocat, ni le ministère public, ne sait où il se trouve. Pourtant, son témoignage est capital. Ce sont, en effet, ses accusations qui ont entraîné Zouheir El Yamani devant la cour.
Une lame sous la gorge
Des accusations gravissimes. Courant 2004, « l'absent » aurait été sodomisé sous la menace d'un « couteau recourbé, comme une serpette », placé sous sa gorge, dans la salle de bains de l'appartement de son frère, dans le quartier de Saint-Martin, à Brest. L'agression aurait été suivie d'une volée de coups et de la dégradation de tout le mobilier du logement.
Problème. « Par peur », la victime, n'a osé en parler à des tiers que plusieurs mois plus tard, alors que sa route aurait croisé par hasard, en maison d'arrêt, celle de celui qu'il accuse. Du coup, aucune trace d'ADN n'a pu être relevée, aucun examen médical réalisé. Pour forger leur intime conviction, les neuf jurés devront donc se contenter de la parole de l'un et des écrits de l'autre.
« Contraire
à mon honneur »
L'accusé nie tout. « Faire ça, c'est contraire à mon honneur, à ma religion ». Son épouse crie aussi à l'innocence. « Il n'a rien à faire ici. C'est quelqu'un de gentil, généreux. Il a fait des conneries, mais c'est à cause de l'alcool, de la drogue et de ses mauvaises fréquentations ». En quelques mois, début 2004, Zouheir El Yamani a commis onze faits délictueux, dont l'un, le viol d'un homme en réunion, lui vaut actuellement de purger quatre années de prison. Des psychiatres l'ont affublé d'une « personnalité antisociale, avec un mauvais contrôle pulsionnel ».
Le jeune homme soutient ne pas connaître son accusateur. Pourtant, en fin de journée, un témoin est venu jurer ses grands dieux qu'il avait vu les deux jeunes gens se bagarrer à son domicile, avant les faits jugés ici. « Zouheir avait une réputation de violent. Il menaçait tout le monde et m'a racketté à deux reprises ».
Témoignages brumeux
Témoignage fiable ? À la cour d'en décider dans son délibéré, attendu cet après-midi. Les contradictions ne manquent pas, en effet, dans les dépositions des anciennes connaissances des deux protagonistes, toutes perdues à l'époque dans les brumes fumeuses ou éthyliques. Le frère de la victime avait ainsi évoqué « un homme avec un couteau » lors de son audition en 2005. Hier, à la barre, « ils étaient deux » et la lame s'est transformée en arme à feu.
La victime a aussi d'énormes absences. À l'en croire, le viol se serait produit « dans la nuit du 1 e r au 2 avril 2004 ». Mais sa fiche pénale a révélé qu'il était incarcéré à cette époque. Peut-être se trompe-t-il tout simplement d'année ? Rien d'étonnant en fait dans ce procès où tous, sans exception, avouent être « fâchés avec les dates ».
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