28 avril 2009
Modification du statut des enseignants- chercheurs, loi LRU... Malaise et tensions à l'université. Le chercheur LaurentMemery explique les raisons de cette colère.
Comme bon nombre de chercheurs, vous êtes hostiles aux réformes gouvernementales de l'enseignement supérieur et de la recherche. Pour quelles raisons?
Avec «Sauvons la recherche», nous défendons une vision de la recherche qui est basée sur des principes comme l'indépendance à l'égard des pouvoirs politiques et des pressions économiques, ou la collégialité dans le travail. La recherche est un enjeu crucial pour l'avenir du pays. Il revient aux politiques de décider de son budget et de ses orientations mais pas de sa mise en oeuvre qui doit être assurée par les chercheurs eux-mêmes. Lors des États généraux de la recherche, en 2004, nous nous étions montrés ouverts à des évolutions. Mais, depuis, nous avons constaté, à travers le Pacte de la recherche de 2007 ou la loi Liberté et responsabilité des universités (LRU), que le gouvernement avait repris certains de nos termes, comme celui d'«autonomie» mais en en détournant le sens.
Toute une frange de votre communauté continue à réclamer l'abrogation de la LRU. Pour quels motifs?
La LRU est l'application française de stratégies européennes qui considèrent que recherche et enseignement supérieur doivent être les moteurs du développement économique dans la mondialisation. Nous refusons que ce soit là leur but ultime. La LRU va aussi entraîner une mise en compétition exacerbée des personnes qui va casser la dynamique du travail en équipes. Cette compétition passe par la mise en place d'outils purement quantitatifs faussement présentés comme une évaluation objective des enseignants-chercheurs(EC). De plus, la loi introduit un mode de gouvernance centralisé aux mains des présidents d'universités aux pouvoirs fortement accrus.
En quoi craignez-vous que cette autonomie des universités soit néfaste?
Il s'agit d'une fausse autonomie: elle n'est pas accompagnée des moyens nécessaires à sa mise en oeuvre et ne concerne que le management de l'établissement. Ainsi, l'État n'a plus à assumer lui-même la sous-dotation structurelle des universités. L'inquiétude est que, à terme, le coût des études devienne en grande partie à la charge de ce que le gouvernement appelle les «utilisateurs»: les étudiants! Par ailleurs, si l'on parle de l'UBO, université pluridisciplinaire, certaines filières, comme les sciences humaines et sociales, «non rentables», risquent de perdre des postes, voire carrément de fermer. Et ce ne sont ni Thales, ni Veolia qui mettront du fric dans l'UBO! Voilà des conséquences de ce que le gouvernement appelle l'autonomie des universités...
Le décret réformant le statut des EC, à l'origine de la crise sur les campus, vient d'être signé par le gouvernement (*). Ne comprend-il pas, par rapport à sa première version, des avancées que vous pourriez approuver?
Quelques-unes, en effet, mais nous continuons à réclamer que les modulations du temps de travail des EC, entre enseignement et recherche, se fassent sur la base des équipes. Un EC doit assurer 192heures d'enseignement équivalent TD (travaux dirigés) par an. C'est déjà deux fois plus qu'à l'étranger et cette modulation va permettre d'augmenter encore ce chiffre. En fait, les chercheurs qui auront été considérés comme «mauvais», parce qu'ils n'auront pas assez publié sur une année, pourront être «punis» par le biais d'une augmentation de leur nombre d'heures d'enseignement. Du coup, ils auront encore moins de temps à consacrer à leur activité de chercheurs et très vite, pour eux, la recherche, ce sera fini...
* Le décret a été publié, samedi, au Journal officiel.
Lannion. Enssat. Une nouvelle direction issue de la maison