8 juin 2010
«C'est un coup très dur pour une jeune maison d'édition. Dès aujourd'hui, on va envoyer des mails à tous les libraires de France pour leur demander de nous renvoyer les exemplaires encore en vente. Ensuite, on va apposer un autocollant noir sur lequel sera écrit ?sous-titre censuré? pour masquer la mention ?Combien de morts?? sur la couverture attaquée par le laboratoire Servier», déclarait, hier, Charles Kermarec, responsable des éditions Dialogues.fr. et des librairies Dialogues. L'éditeur brestois a décidé de faire appel de cette décision de référé, assortie d'une astreinte de 50EUR par exemplaire qui continuerait à porter la mention, devant la cour d'appel de Rennes.
Benfluorex ou Mediator
Tiré à 5.500 exemplaires, en vente depuis jeudi, le livre d'IrèneFrachon, pneumologue au CHRU de Brest, est le récit d'une enquête. Une équipe de médecins brestois a obtenu la suspension du Mediator, un antidiabétique utilisé aussi comme coupe-faim. L'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé) a décidé le 3O novembre dernier de suspendre le Mediator en raison d'un risque avéré d'atteinte grave des valves cardiaques. Dans son argumentaire, le président du tribunal Jacques Stoll indique qu'il lui appartient de s'assurer que la mention «Combien de morts?» est «crédible». Il estime que l'éditeur aurait été plus prudent de titrer «Benfluorex, combien de valvulopathies?» et non pas «Mediator, combien de morts?». Benfluorex est le nom de la molécule utilisée dans le Mediator, qui était depuis peu commercialisé sous forme de génériques par deux autres laboratoires. Le Mediator et ses génériques ne sont plus commercialisés à la suite de la décision de l'Afssaps. Le laboratoire Servier a lui-même décidé de retirer le Mediator des autres pays où il était encore en vente. Le juge n'a pas retenu l'argument de Me Honnorat qui avait rappelé la définition d'une vavulopathie: «Une atteinte rare mais grave des valves cardiaques pouvant entraîner la mort». Pour le juge: «La relation entre la valvulopathie et un décès n'est pas pour l'instant établie par l'Afssaps».
«Source de discrédit»
Le juge estime, enfin, qu'il y a bien préjudice pour le laboratoire Servier, même si le médicament est aujourd'hui suspendu. «S'il advenait finalement qu'après analyse la suspension soit levée et la diffusion des produits à base de benfluorex rétablie, le dénigrement provoqué par la mention litigieuse se révélerait grandement source de discrédit, tant pour le produit que pour le fabricant du produit». Une éventualité repoussée par l'éditeur: «L'Afssaps parle de risque avéré de valvulopathie et ne va pas revenir là-dessus. Ce produit, ce n'est pas un bonbon!».

25 mai 2012 à 14h35 - 7 réaction(s)