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Finistère

Queen Mary 2. Les contraintes économiques en accusation

24 mars 2009

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Au premier jour du procès de l'effondrement de la passerelle du Queen Mary 2, le président de la cour d'appel de Rennes a stigmatisé les contraintes économiques qui ont conduit au drame.

Pour les Chantiers de l'Atlantique, alors filiale d'Alstom, la construction du Queen Mary 2 est un «défi majeur», le contrat «le plus gros jamais signé par un chantier naval» dans un contexte de «concurrence effrénée», a rappelé, d'emblée, le président de la cour d'appel de Rennes, Jean-Claude Septe, avant de s'attarder, longuement, sur l'historique de l'installation de la passerelle incriminée, celle qui s'effondrera le 15novembre 2003, faisant 16 morts et 29blessés. Fin octobre2003, la décision est ainsi prise de créer deux accès supplémentaires du quai au paquebot afin d'«accélérer le travail», le Queen Mary devant partir pour sa première croisière début décembre. Mais plutôt que des accès reposant sur des tours en fond de cale, plus stables, le principe de passerelles reliant le quai au navire est retenu. Avantage pour les Chantiers? Éviter de désenvaser le fond de cale, une opération qui «prend cinq ou six jours», précise Jean-Claude Septe.

Une décision prise en une heure

Des caractéristiques techniques spécifiques sont requises pour les passerelles: 1,50m de large, pouvoir supporter 250kg/m² de charge répartie, et deux tonnes de charge ponctuelle. Une demande est formulée le 4novembre à la société sous-traitante, Endel, filiale du groupe Suez. Endel répond par mail le 6novembre, à 9h59: OK pour un caisson de 14m et un de 13,50m, ainsi que pour les 2tonnes de charges ponctuelles mais «150kg/m² de charge répartie». Devis: 3.800 EUR, plus, en option, 280 EUR pour la note de calcul des ouvrages. Les Chantiers ne prendront finalement pas l'option. Le même jour, à 10h59, ils donnent leur accord. «En tout et pour tout, une heure pour accepter un devis prévoyant 100kg/m² de moins que ce qui était demandé! Une heure!», s'insurge le président. Dans la nuit du 11 au 12, les ouvriers tentent de mettre en place les passerelles. «Dès lors, vont apparaître les nombreuses erreurs et approximations». Finalement, après avoir été modifiée par Endel «sans aucun plan, aucune nomenclature», la passerelle est terminée le 14, mise en place à 16h et aussitôt empruntée par les ouvriers des Chantiers et ceux d'une société extérieure de nettoyage. Le lendemain après-midi, les particuliers invités à visiter le paquebot font la queue sur la passerelle en attendant de franchir le barrage d'un ultime contrôle. Les ouvriers de nettoyage leur demandent de se mettre sur le côté pour leur faciliter le passage. «Les salariés entrent à la queue leu leu. La passerelle vire sur elle-même (...), se désolidarise de la terre ferme, se met à la verticale (...) et tombe dans la cale», 18 mètres plus bas.

Le P-DG se défend

Entendu, hier, comme témoin, Patrick Boissier, le P-DG alors en fonction aux Chantiers, a réfuté une à une les mises en cause de son entreprise, arguant de la complexité de la société pour justifier des délégations en cascade. Il a fait valoir qu'Endel était un de leurs sous-traitants les plus fiables. Ce qui expliquait à ses yeux l'absence de contrôle de la part des Chantiers à réception de la passerelle. Au président, qui reprochait aux Chantiers «un certain nombre de manquements», Patrick Boissier a répondu: «Chacun d'entre nous se sent moralement responsable de cet accident. Mais les décisions prises nous semblaient bonnes au moment où elles ont été prises». Appelé à témoigner, un expert a cependant estimé que «les intervenants étaient davantage préoccupés par les coûts et les délais» et que «beaucoup de phases dans le processus ont été court-circuitées». Le procès, qui doit durer deux semaines, se poursuivra aujourd'hui, à Rennes.

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