15 octobre 2009 - 1 réactions
Le port de pêche de Saint-Guénolé, à Penmarc'h, dans le Pays bigouden, est victime de son succès. Il ne parvient plus à digérer les graisses issues du traitement du poisson débarqué.
Le nouveau bassin du port de Saint-Guénolé, à Penmarc'h, est victime d'une pollution bien embarrassante. À chaque marée descendante, il se pare d'un cordon visqueux et nauséabond sur son pourtour. Sur les quelque 40 m de large de la cale d'accès au bassin, cette boue grasse va et vient, au point qu'en août, il a fallu en interdire l'accès.
Risques pour les usagers
«On a vu une voiture et sa remorque de mise à l'eau patiner, ne plus pouvoir remonter. On a vu un engin de levage partir en crabe...». Gilbert Ménier est en colère. Il est le vice-président de l'association locale des pêcheurs-plaisanciers. «Quand on pense que tout ça a été refait récemment avec l'argent public et que rien n'a été fait pour ce problème de graisse !», martèle-t-il, balayant de la main ces installations, pour lesquelles 8,5 MEUR viennent, en effet, d'être investis.
Du côté des professionnels, la colère est à la mesure du problème que leur causent ces graisses, issues du traitement du poisson sur le port, essentiellement de la sardine, poisson gras par excellence.
«Pas écolo tout ça !»
«J'ai écrit à la CCI pour l'alerter des dangers que courent les équipages, explique notamment Jo Loussouarn, patron de l'armement La Houle, installé sur le quai. Cette graisse qui tourne en circuit fermé se dépose sur les échelles d'accès aux bateaux, sur les amarres, sur les défenses des bateaux, sur le quai. On en transporte avec les chaussures sur le pont des bateaux... Bref, les risques de chute sont constants».
Un peu plus loin, un matelot confirme. «On passe notre temps à nous laver les mains. Le quai tout neuf est déjà vert. Regardez !». Effectivement, ces graisses semblent favoriser la prolifération de moisissures. «Les carènes des bateaux en sont couvertes, ce qui les alourdit et les rend moins performants, ajoute Jo Loussouarn. Du coup, on brûle plus de carburant pour avancer. C'est pas écolo tout ça !».
Ce problème, qui ne date pas d'aujourd'hui, «inquiète beaucoup» Jean-François Garrec, président de la CCI de Quimper-Cornouaille, concessionnaire du port. Un équipement de prétraitement des rejets d'eaux usées de la criée existe depuis 2005. «Plus de mille tonnes de graisses ont été récupérées depuis, dont 500 cette année», précise-t-il, indiquant que cet outil n'a pas vocation à traiter toutes les eaux usées des activités alentours, mais uniquement celles dépendant de ses services.
«Les débarquements de sardines ont énormément évolué, développant l'activité, ce dont il faut se réjouir, poursuit François Clément, directeur général de la CCI. Mais l'outil, pourtant particulièrement innovant, a atteint ses limites».
Responsabilité à «partager»
Mardi, une réunion est programmée pour aborder ce problème. Pour le résoudre, il faudra trouver 137.000 EUR, selon une récente étude commandée par la CCI. «La responsabilité est collective et doit être partagée», souligne François Clément. En effet, si des unités de transformation du poisson comme celle de Jo Loussouarn sont branchées sur le tout-à-l'égout, il apparaît que ce n'est pas le cas de toutes.
