2 décembre 2008
Hier, une centaine d'agricultrices ont occupé la gare de Morlaix où elles ont empêché le passage de trois TGV. Des femmes qui réclament « une transparence » entre le prix des produits qu'elles vendent et celui affiché dans les grandes surfaces.« Dans les exploitations, ce sont nous les femmes qui comptons les sous et quand il n'y en a plus, on en a ras-le-bol », lâche cette agricultrice venue bloquer, vers 11 h, la gare de Morlaix.
Créé il y a quatre jours, un « Collectif d'agricultrices en colère » a donc mené hier sa première opération coup-de-poing dans une gare SNCF. « On vit une situation similaire aux gens qui restent en rade sur le quai de la gare et qui voient le train filer au loin. Cela ne nous fait pas plaisir d'embêter les gens, mais c'est notre seul moyen de nous faire entendre », explique l'une des meneuses, Catherine Kervan, agricultrice à Plourin-lès-Morlaix.
Le collectif regroupe des femmes du nord et du Centre-Finistère. « Toutes les filières sont représentées : lait, légumes, volailles, porcs... », insistent-elles.
« Vous n'aviez pas qu'à voter pour des glands »
En provenance de Paris, les passagers de deux TGV ont été contraints d'emprunter des navettes. Quant au TGV, qui devait partir de Brest à 11 h 34, il est resté en gare. Selon la SNCF, ce blocage a perturbé le voyage de plusieurs centaines de passagers.
Au cours de l'après-midi, les agricultrices ont pu monter à bord des trains pour exposer leurs revendications, provoquant un retard d'environ cinq minutes. « On a une famille à nourrir, mais on ne gagne même pas le SMIC », annonce l'une d'elles aux voyageurs. « Vous n'aviez pas qu'à voter pour des glands », lui répond un passager. Dans un autre wagon, les voyageurs applaudissent les revendications des agricultrices.
« Ras-le-bol des prix
de la grande distribution »
Le collectif s'est également rendu dans deux hypermarchés (Géant à Saint-Martin-des-Champs et Centre Leclerc à Morlaix) afin de contrôler le prix des produits affichés en rayon. « Je vends ma grappe d'oignons 2 et je la vois affichée à 8,99 », s'étonne cette productrice. « Vendu 30 centimes (*), le litre de lait que nous produisons est à 1,30 en rayon. Le chou-fleur est à 1,45 en grande surface pour un prix de vente de 15 centimes. Où vont nos marges ? », se demandent les manifestantes. Des femmes qui réclament « une plus grande transparence dans les prix de la grande distribution ». « Nous sommes productrices et consommatrices, et on en a ras-le-bol des prix de la grande distribution sur nos produits », conteste Catherine Kervran.
La SNCF dépose plainte
En fin de journée, les agricultrices ont quitté la gare pour se rendre à la mairie de Morlaix où une délégation a été reçue par Agnès Le Brun, maire et conseillère générale. Le collectif appelle toutes les agricultrices de Bretagne à le rejoindre.
Hier, la SNCF a déposé plainte. « Chaque minute de retard nous coûte 100 », prévient l'un de ses responsables.
* Hier, un accord sur le prix du lait est intervenu entre producteurs et industriels. Lire en page 9