16 juillet 2010 - 3 réactions
Un petit point isolé sur le planisphère. Le Pays bigouden fait figure de village d'irréductibles sur la carte des dernières minorités culturelles. En 2005, le photographe Jaime Ocampo-Rangel y a rencontré les dix dernières Bigoudènes arborant le costume et la coiffe. Elles ont rejoint les37autres minorités fixées sur papier glacé. Des portraits exposés, tout au long de l'été, au siège parisien de l'Unesco. Comme un cri d'alarme à la disparition des quelque 6.000 peuples autochtones, le photographe franco-colombien témoigne de la menace que fait planer la mondialisation sur ces minorités culturelles. Depuis onze ans, il parcourt la planète à leur rencontre.
Surprise
«Je ne suis pas d'accord avec les professeurs d'université. Il existe une vraie culture authentique en Pays bigouden. Elle se caractérise d'abord par le port de la coiffe. Parce que quand elles ne sont plus habillées de manière traditionnelle, ces femmes perdent la moitié de leur culture», témoigne le photographe venu de l'univers de la publicité. Avant de découvrir la Bretagne, Jaime Ocampo-Rangel n'avait eu connaissance des Bigoudènes que sur «des boîtes de biscuits». «Je ne croyais pas quelles existaient encore», poursuit-il. «Ça a été une vraie surprise». La rencontre par l'intermédiaire de la fédération Startijenn ar vro vigoudenn aura fait le reste. «C'était trop beau qu'elles aient accepté de poser pour moi. Elles m'ont parlé de leur tristesse parce que tout le monde ne les comprenait pas... J'ai été touché par leurs chansons».
Menacées de disparition
Une réalité dont les Bretons ne se soucient guère. Et pourtant, la carte des minorités culturelles européennes fait figure de désert. «Sur le continent européen, je n'ai trouvé de situation comparable que dans les montagnes d'Italie». Alors, par la force des choses, les coiffes bigoudènes cohabitent aux côtés des Touaregs du Sahara, des Himbas de Namibie ou des Guambianos de Colombie. Des minorités que le photographe estime toutes menacées. «En Namibie, la construction d'un barrage privera bientôt les Himbas de leurs racines». Mais les Bigoudènes feront sans aucun doute partie des premières minorités à disparaître, sous le rouleau compresseur de la mondialisation. Onze années de rencontres et de prises de vue réunies au sein de «Mémoire des couleurs». Le «vaste arc-en-ciel de cultures humaines», cher à Claude Lévi-Strauss illumine l'été du siège parisien de l'Uneco. L'exposition, et ses Bigoudènes, pourrait ensuite rejoindre l'Onu. Le photographe n'entend pas pour autant en rester là. Il va reprendre son bâton de pèlerin et compléter son travail auprès d'une dizaine de minorités supplémentaires.
Pratique
Exposition Mémoire des couleurs jusqu'au 31 août au siège de l'Unesco, place de Fontenoy 75007 Paris.

25 mai 2012 à 14h35 - 7 réaction(s)
25 mai 2012
25 mai 2012