16 avril 2008
Trois hommes originaires du Conquet comparaissaient, hier, devant le tribunal de Brest, pour « l'expédition punitive » dont ils se sont rendus coupables, dans la nuit de vendredi à samedi. Seuls deux d'entre eux sont ressortis libres.« C'est un dossier qui sort de l'ordinaire », expliquait M e Pailler, avocat de la défense, au cours de sa plaidoirie. Pas simple, en effet, de déterminer les responsabilités dans cette affaire où la victime a, dans un premier temps, joué le rôle de l'agresseur.
Les faits remontent à la nuit de vendredi à samedi, au Conquet. Deux jeunes, cousins en l'occurrence, sortent d'un troquet lorsqu'ils aperçoivent, un peu plus loin, deux autres jeunes. L'un des deux cousins identifie alors l'un d'eux comme l'auteur d'insultes proférées, quelques semaines plus tôt, à l'encontre de son oncle, le père de l'autre. Entre les deux groupes, le ton monte et les deux cousins en viennent très vite aux mains, histoire de laver l'affront subi. La victime, celle-là même qui comparaissait hier, est rouée de coups avant d'être laissée sur place par ses agresseurs.
Quelques instants plus tard, toujours un peu sonnée, elle décide de se rendre chez son frère, en compagnie de son ami, resté dans l'ombre jusque-là, afin d'y préparer sa vengeance : « Je voulais lui demander son pistolet de détresse ». Il sort alors son aîné du sommeil du juste en lui expliquant, en pleurs, qu'il a « failli crever ». Traumatisés par un terrible drame familial survenu quelques années auparavant, les deux frères seront plus tard décrits par leur avocat, M e Bergot, comme « psychologiquement fragilisés ». Mais ce ne sont pas non plus de mauvais bougres. Leur casier respectif est d'ailleurs vierge. Mais le désir de vengeance du plus jeune allait prendre le pas sur la raison de l'aîné.
Déferlement de violence
Car ensuite, c'est, selon les mots du procureur Therolles, « une véritable expédition punitive », armes de poing incluses, qui s'organise. Les deux frères et l'ami montent en voiture, direction l'appartement d'un des cousins. « J'ai entendu une voiture dehors, puis frapper à ma porte. Je savais qui c'était et je ne me suis pas dégonflé. J'ai ouvert le verrou, une batte de base-ball à la main. Mais quand j'ai vu qu'ils avaient des armes, j'ai fait demi-tour... », se rappelle celui qui s'est finalement constitué partie civile, hier, au tribunal.
Et le déferlement de violence qui s'est abattu sur lui fait froid dans le dos. Coups de pieds, de poings et surtout des coups donnés avec le canon du pistolet. Au total, une trentaine de coups en tous genres, pour un passage à tabac en règle. Deux balles (l'une à blanc, l'autre lacrymogène) seront même tirées. « Je me suis acharné, je voulais lui exploser le visage. Il y avait du sang partout », explique, à son tour, du bout des lèvres, le principal prévenu dans cette affaire. « Je ne l'avais jamais vu comme ça. Si son frère ne l'avait pas arrêté, je ne sais pas comment cela aurait fini », raconte, à son tour, le troisième prévenu.
La victime s'en tirera finalement avec trois jours d'ITT, un « miracle », selon le procureur. Mickaël Morin, 19 ans, est, quant à lui, condamné à six mois de prison, dont trois mois ferme, par le tribunal, tandis que les deux autres, qui n'ont participé que de loin au lynchage, s'en sortent avec trois et six mois de sursis.