8 février 2010
Oiseaux et avions n'ont jamais fait bon ménage. Pour éviter qu'un jour, ils ne se volent dans les plumes, la base de Lann Bihoué, près de Lorient (56), fait appel, depuis un an, àuneéquipe defauconniers (*).
10h, dans un des multiples hangars de la base aéronavale de Lann Bihoué. Julien Dubois et ses deux collègues, François Garnier et Nicolas Coursault, stressent. L'un de leurs protégés s'est cassé plusieurs plumes en se jetant avec délectation sur un lièvre. «Si elles ne sont pas réparées tout de suite, la catastropheest assurée».
Lourde responsabilité
Une fine prothèse métalliquedans chaque tige, une petitepointe de colle et l'affaireestjouée. Dans quelques heures, le faucon pèlerin pourrarepartiren chasse. Si les troishommessont tendus, c'estqu'ils nesont pas sans ignorer qu'unepartie de la sécurité de labase repose sur leurs épaules.
Une douzaine de collisions
«L'an passé, ici, il y a eu une douzaine de collisions entre les avions et les oiseaux. La mission que nous a confiée la Marine, c'est de baisser au maximum ce chiffre», confie Julien Dubois. Le challenge est loin d'être gagné. «Les opérations d'effarouchement ne portent leur fruit qu'au bout de deux ans, le temps que les oiseaux et les mammifères comprennent qu'ils ne sont pas les bienvenus sur les pistes d'envol. Nous, on vient d'arriver, il y a juste un an».
«Colibri, on y va!»
10h30. La tour de contrôle donne de la voix. Un héron vient de pointer son long bec, juste sous le nez d'un ATL2. «Colibri, colibri, à tour de contrôle, on y va! Dans quel secteur?». La réponse est inaudible mais l'équipe de la section de prévention animalière saute dans sa voiture, gyrophare jaune allumé. Julien Dubois, le chef, a pris la place du passager et scrute l'horizon. Nicolas Coursault, lui, cherche sa route entre deux aéronefs. «Là! Fait demi-tour. Vite, on va le rater». Nicolas Coursault n'est pas Starsky. Mais presque... L'échassier n'est guère impressionné par la manoeuvre et quitte le ciel de la base. «Celui-là, il ne sait pas la chance qu'il a eue», rigole FrançoisGarnier, bien assis à l'arrière.
Pas le droit de festoyer
Alors que la mission semble terminée, Julien Dubois baisse précipitamment sa vitre et lâche son faucon. Un étourneau étourdi vient de le narguer. La «plaisanterie» ne durera qu'un instant. Un piqué foudroyant et l'étourneau est occis. Le faucon n'aura cependant pas le temps de se régaler. «La base du métier. En maintenant, chez les rapaces, un sentiment de faim, nous arrivons à les faire revenir vers nous. Autrement, il y a bien longtempsqu'on les aurait perdus dans la nature», explique JulienDubois, en sortant de sa besace le déjeuner de son tueur préféré: un cou de poulet bien charnu et dodu.
* La section de prévention animalière dispose de six rapaces: troisfaucons pèlerins et troisbuses de harris. Elle intervient du lever du jour au coucher du soleil.
