Infirmier libéral. Peu de réaction à la menace de l'aide-soignant
Seule une trentaine d'infirmiers libéraux du département, sur les 1.300 en activité sur son territoire, se sont déplacés, hier après-midi, au Faou pour s'informer des dangers que ferait peser une proposition de loi sur leur profession. En l'occurrence, celle déposée le 1eravril dernier par le député iséran Alain Moyne-Bressand visant à accorder le statut libéral aux aides-soignants. Selon Yveline Cann, porte-parole du syndicat des infirmières et infirmiers libéraux du Finistère, «rien ne s'opposera alors à ce que des actes médicaux leur soient délégués directement par le médecin alors même que ces professionnels n'ont aucune formation en pharmacologie ou en biologie médicale. Ce qui risque d'avoir un impact sur la qualité et la sécurité des soins».
Un tiers perdant
Pour les infirmiers libéraux, les conséquences de cette concurrence pourraient s'avérer catastrophiques. Partant du principe que les actes facturés aux aides-soignants seront moins élevés que les leurs, ils redoutent «20.000cessations d'activités en France parmi les 60.000 professionnels recensés». L'infirmière libérale de Plougastel estime également qu'un tiers de ses collègues finistériens pourraient être contraints d'abandonner le libéral. Dans ces conditions, comment expliquer la faible affluence à la réunion d'hier? «Peut-être parce qu'il s'agit du troisième projet de loi en faveur du statut libéral des aides-soignants. Mais cette fois-ci, la menace est sérieuse. Le Parlement pourrait se prononcer dès juillet et nous savons que le ministère de la Santé a pris les devants en étudiant les conditions d'intégration des aides-soignants libéraux à notre caisse de retraite». Pour éviter cette issue, le syndicat a multiplié les courriers aux parlementaires. «Cinq députés (*) ont répondu et s'engagent à au moins nous informer de l'évolution de la situation».
* Christian Ménard, Patricia Adam, Marylise Lebranchu, Annick LeLoch, Gilbert Le Bris et JacquesLe Guen.
1 réaction
-
JCR
lettre ouverte de 8 syndicats
Paris, le 19 juin 2009
Madame Roselyne BACHELOT
Ministre de la Santé et des Sports
Madame la Ministre,
Dans votre réponse, publiée au JO du Sénat le 17 juillet 2008, à une question écrite
du Sénateur Louis Pinton (Indre-UMP) portant sur la création d'un statut libéral
d'aide-soignant, vous avez précisé :
« Conformément à l'article R. 4311-4 du code de la santé publique, les aidessoignants
agissent sous la responsabilité de l'infirmier ou de l'infirmière et dans les
limites de la qualification qui leur est reconnue du fait de leur formation. Il n'est pas
envisagé de doter la profession d'aide-soignant d'un décret de compétences propres
susceptibles d'être exercées en dehors de la responsabilité de l'infirmier ou de
l'infirmière. »
Pour autant, la proposition de loi du député Moyne-Bressand déposée le
1er avril 2009, sous couvert de création d'un statut libéral des aides-soignants dont
on perçoit difficilement la pertinence et l'opérationnalité en dehors de tout cadre
conventionnel, présente la particularité de modifier radicalement le code de la santé
publique pour conférer aux aides-soignants le statut d'auxiliaire médical.
Concernant les motifs évoqués par Monsieur Moyne-Bressand dans sa proposition
de loi, nous tenons à préciser :
1. Que la référence à des quotas d'actes pour les infirmiers libéraux n'est plus de
mise depuis la convention de 2002, elle-même remplacée le 25 juillet 2007.
2. Que dans l'exposé des motifs, il y a confusion entre le concept « d'aide à la
personne » et de « soins infirmiers ». L'intervention des aides-soignantes
auprès des personnes en situation de dépendance n'est pas différenciée de
celui des infirmières, des auxiliaires de vie sociale ou des aides ménagères.
.../...
2
3. Que le statut libéral des aides-soignants ne constitue pas une réponse
adaptée aux problèmes révélés par la canicule. Le rapport de l'IGAS, publié
en décembre 2003, fait état d'une surmortalité de 10 000 à 15 000 décès
observés suite à la canicule. Seuls 24% des personnes sont décédés à leur
domicile, il s'agissait pour la plupart de personnes âgées isolées, ne recevant
pour la plus grande majorité, ni soins infirmiers, ni aide aux gestes de la vie
quotidienne. Depuis, la création de la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité
pour l'Autonomie), le financement du « cinquième risque » à hauteur de
15 milliards d'euros, la multiplication des services à la personne, la création
des MDPH (Maisons Départementales des Personnes Handicapées),
l'extension des Services de soins à domicile, la création d'HEPAD, ont
largement pallié aux carences sociales constatées en 2003, ce que semble
ignorer Monsieur le député Moyne-Bressand. L'étude réalisée par l'INSEEINSERM-
ORS dans les Bouches-du-Rhône, rendue publique le 9 Janvier
2004, portant sur les besoins des personnes âgées à domicile, expose qu'un
quart des personnes de plus de 60 ans a seulement besoin d'aide aux gestes
de la vie quotidienne pour rester à domicile. De plus, les aidants naturels
vieillissant, les besoins vont continuer à croître. C'est donc bien dans ce
secteur de l'aide à domicile qu'il convient d'apporter les bonnes réponses.
4. Que la création d'un auxiliaire médical libéral supplémentaire à domicile
complique l'élaboration d'un projet de prise en charge pluridisciplinaire et la
coordination des professionnels de santé à domicile.
Le Président de la République, dans son discours à BORDEAUX le 16 octobre
2007, précisait : « une meilleure articulation entre les différents acteurs du
soin est nécessaire (....), les soins de longue durée et la prise en charge des
personnes âgées ».
Sept professions d'auxiliaires médicaux exercent à domicile et concourent à
l'élaboration d'un projet de soins : infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes,
pédicures-podologues, orthophonistes, orthoptistes, ergothérapeutes,
psychomotriciens. Ces professionnels doivent, non seulement se coordonner
entre eux, mais également avec le médecin généraliste pivot du parcours de
soins coordonnés, les médecins spécialistes, le laboratoire d'analyses
médicales, le pharmacien, les infirmiers ou médecins hospitaliers, les services
d'aide aux personnes... La création d'un auxiliaire médical supplémentaire
dont le besoin dans la chaîne sanitaire n'est pas démontré ne peut que
compliquer l'élaboration d'un projet de prise en charge pluridisciplinaire, la
coordination des professionnels de santé et l'articulation avec les services
sociaux.
.../...
3
5. Alors que le Gouvernement entend poursuivre la politique de maîtrise de
dépenses de santé dans un contexte économiquement défavorable, la
création d'une nouvelle profession d'exercice libéral serait génératrice de
dépenses supplémentaires pour l'Assurance maladie.
6. Que le financement des prestations des aides-soignants par la famille est
illusoire. L'APA rencontre un grand succès auprès des familles au motif que le
seuil de reprise sur succession a été relevé notablement. Au 30 juin 2008,
1 094 000 personnes (Rapport DRESS) bénéficient de cette allocation pour un
montant de 2,1 milliards d'euros par an. Il serait incompréhensible pour les
citoyens de prendre des mesures sociales de cette envergure, puis de leur
demander de financer, même partiellement, le ou les passages d'un aidesoignant
accomplissant ce que font les SSIAD aujourd'hui sans qu'ils aient à
faire ne serait-ce que l'avance des frais.
C'est sans aucune concertation préalable avec les instances représentatives,
associatives, syndicales et ordinales des infirmières, pas plus qu'avec les autres
professions de santé, qu'un groupe de députés de la majorité, dont plusieurs
médecins et pharmaciens, à l'instar de Monsieur Paul Jeanneteau, votre suppléant,
envisagent donc sérieusement de bouleverser totalement l'architecture de notre
système de santé, sur la base d'un exposé des motifs non réactualisé et sans
mesurer les conséquences d'une telle décision sur la sécurité des soins.
En effet, l'inscription de la profession d'aide-soignant au livre 3 du code de la santé
publique leur attribuerait « par autorisation de la loi » la possibilité d'attenter à
l'intégrité physique des personnes dans un but thérapeutique. Rien ne s'opposera
dès lors à ce que des actes médicaux leur soient délégués directement, alors même
que ces professionnels n'ont aucune formation en pharmacologie ou en biologie
médicale.
Les huit organisations syndicales signataires de la présente se donneront tous les
moyens pour alerter les usagers du système de soins sur les conséquences
potentiellement dramatiques qu'impliquerait l'adoption d'un tel projet. Les accidents
récents, relayés par les médias et survenus dans les hôpitaux d'Ile-de-France,
démontrent la priorité absolue qu'il y a à ne pas écarter de l'organisation de notre
système de santé la notion de qualification sur laquelle est construit actuellement le
code de la santé publique, et votre réponse au Sénat en juillet 2008 était sans
ambiguïté sur ce dernier point.
.../...
4
Nous tenons, comme vous l'avez fait, à souligner le rôle incontournable des aidessoignants
dans notre système de soins et à mettre en relief la très proche
collaboration qui existe entre nos deux professions, sans toutefois nous écarter du
niveau de responsabilité que le code de la santé publique confère aux infirmiers pour
garantir la qualité et la sécurité des soins que nos concitoyens sont en droit
d'attendre. Il convient également de rappeler que des dispositions introduites
récemment par le Haut conseil des professions paramédicales permettent aux aidessoignants
d'accéder au diplôme d'Etat d'infirmier, répondant ainsi à leur souhait
légitime d'ascension sociale tout en respectant la sécurité des soins.
En conséquence, nous vous demandons instamment de bien vouloir lever le trouble
engendré par la proposition de loi de Monsieur Moyne-Bressand dans la profession,
tous secteurs d'activité confondus, en précisant rapidement votre position concernant
la modification du code de la santé publique proposée par ce texte et visant à
attribuer aux aides-soignants le statut d'auxiliaires médicaux.
En vous remerciant de l'attention que vous voudrez bien porter à notre demande,
nous vous prions d'agréer, Madame la Ministre, l'expression de notre haute
considération.
Les organisations signataires :
- CNI
- FNI
- ONSIL
- SNAIMS
- SNICS
- SNIES
- SNPI - CFE-CGC
- SNSPP - CFTC
Ajouté le 1 juillet 2009 à 08h06