17 janvier 2012
Réduite à 311 têtes en 1975, on ne donnait alors pas cher de sa peau. La pie noire de Bretagne compte aujourd'hui 1.400 représentantes réparties dans 300 élevages bovins de toute la région. À l'origine de cette résurrection miraculeuse: une poignée d'éleveurs stimulés par un programme du ministère de l'Agriculture, au début des années 1980. D'autres vaches (armoricaine, froment du Léon, nantaise), des moutons (Ouessant, landes de Bretagne, Ille-et-Vilaine), le porc blanc de l'Ouest - victime d'un oubli ingrat après avoir lancé la carrière du jambon de Paris - ou encore la chèvre des fossés: en tout, neuf races bretonnes menacées d'extinction ont retrouvé du poil de la bête grâce à cette démarche de préservation dont le conseil régional a repris les rênes en apportant ses crédits.
Régénération au domaine de Ménez-Meur
Le Parc régional naturel d'Armorique (PRNA) joue le rôle de coordinateur (*) et son domaine du Ménez-Meur, à Hanvec, celui de régénérateur. Le site animalier (680 hectares) est un lieu de promenade fort justement apprécié du public mais «c'est aussi un centre d'insémination artificielle», rappelle Michel Morin, vice-président du conseil régional chargé de l'agriculture. Combien de pies noires savent que leur «papa» coule des jours paisibles - ainsi que les huit autres espèces précitées (plus des sauvages) -, perché dans la campagne hanvécoise, au coeur du massif armoricain?
Le salut passe par l'assiette
Elles sont pourtant très nombreuses dans les élevages bretons. Preuve de montée en régime: des syndicats d'éleveurs ont créé à l'automne 2011 une fédération des races de Bretagne. La menace d'extinction écartée, ils souhaitent promouvoir leurs races locales sur un plan économique. Quelques premiers signes positifs les encouragent dans cette voie: «Des produits laitiers issus de pies noires circulent. Des restaurateurs commencent à revaloriser la viande de porc blanc de l'ouest», signale Michel Morin. Évidemment, on pourra s'interroger sur le sens d'une sauvegarde qui finit à la casserole mais comme le souligne Yves-Claude Guillou, maire de Saint-Rivoal et élu au Parc d'Armorique: «Le meilleur moteur de préservation d'une race, c'est de la rendre économiquement rentable».
* À la suite du programme régional pluriannuel 2007-2011 en faveur des races locales à faibles effectifs, la Région a renouvelé sa confiance au PRNA pour le plan 2012-2014.

25 mai 2012 à 14h35 - 7 réaction(s)
25 mai 2012
25 mai 2012