3 juin 2009
L'un des assesseurs du président Xavier Jublin aura finalement lâché l'affaire. Somnolant quelques minutes. Face au tribunal, se partageant à tour de rôle le micro, les trois prévenus concernés, tous trentenaires et d'origine camerounaise, se rejettent la responsabilité depuis un peu plus de deux heures. Entre les mois de février et avril de l'année passée, ils ont dégoté deux pigeons, une mère et son fils aîné en l'occurrence, qui avaient mis en vente la propriété familiale brestoise. Depuis la mort du patriarche, la veuve croulait sous les dettes: aux environs de 200.000 EUR, à en croire l'avocat de la partie civile, MePatrickLarvor. Elle était donc pressée par le temps et sa vigilance affaiblie.
Au téléphone, un homme d'affaires tchadien
Le procédé porte le nom de «wash-wash». En résumé, les escrocs formulent une proposition d'achat en liquide. Ils assurent qu'ils régleront la somme avec des billets préalablement noircis, histoire de faciliter leur transport clandestin entre le continent africain et la France. Ces espèces, ensuite «collées» à de véritables billets de banque arrachés à la victime et baignant quelque temps dans une solution miracle n'existant évidemment pas, deviendraient valables. Sauf qu'il s'agit bel et bien là de... papier. Celui qui a levé les deux lièvres, via téléphone, c'est un père de cinq enfants, agent de production dans l'agroalimentaire. Né à Yaoundé, il vit à Brest. Mirabeau Limoe-Boutchouang dit: «Une mauvaise idée m'est passée par la tête».
Avec du vinaigre, cela donne de la bouillie...
Pour l'arnaque, il devient le rejeton d'un homme d'affaires tchadien. Rapidement, il se présente chez «la dame», se fend d'une démonstration et lui laisse un billet, authentique, soi-disant «révélé» après un tour de passe-passe. Autre leurre, la promesse d'une sorte de commission, la maison étant acquise à un prix plus élevé que prévu. Nouvelle démonstration, sur 20.000 EUR cette fois-ci, qui en donneraient... le double. Du vinaigre sert de pseudo-révélateur. De la «bouillie de papier» en ressortira. Mais Mirabeau Limoe-Boutchouang a gardé l'argent pour lui. Le vrai. Il passe la main, non sans fournir le numéro de la mère de famille. Ils sont deux à prendre le relais. Trois même, le quatrième larron courant toujours. Au total, ils récupéreront pas moins de 33.000EUR. Au fond de la salle, un jeune homme porte le maillot de la sélection camerounaise de football. Ces Lions indomptables, reconnus coupables, se sont fait mater par le tribunal: Mirabeau Limoe-Boutchouang écope de sixmois d'emprisonnement, dont quatre avec sursis. Martial-Collins Ndanga-Tchouta, récidiviste et impliqué dans une autre affaire du même type hier, hérite de deux ans de prison ferme. Le dernier s'en sort avec trois mois assortis de sursis.

25 mai 2012 à 14h35 - 7 réaction(s)
25 mai 2012
25 mai 2012