6 février 2009
Ils vivent dans le même univers que ceux de leur âge, avec juste un truc en plus, ils parlent breton. Une différence qu'ils ont à défendre, ce qu'ils font avec une remarquable éloquence.
Petits, ils ont usé leurs fonds de culottes sur les bancs de la classe bilingue breton-français de l'école publique de Douarnenez, qui fête ses vingt ans ce soir. «Je ne le crois pas! C'est trop comme il est petit le préau! Et le portail! J'avais le souvenir d'un truc énorme!». Séquence nostalgie pour les «anciens» de l'école primaire de Pouldavid...
Génération tortues Ninja
D'un même élan, ils grimpent sur «leur» butte en haut de la cour. Les souvenirs reviennent par cartables entiers. Les classes-nature, le séjour au ski, et puis «ThierrySeznec, notre instituteur. Il nous écrivait des chansons de tortues Ninja en breton. Il était génial!». Et il y a «le» mauvais souvenir. La rivalité avec le reste de l'école. Avec ceux qu'ils ont vite appelés, par défi, «les monolingues». «On était enfants, mais on ressentait très fort la discrimination. Il y avait de grosses bagarres. On nous disait que le breton, ça sert à rien, se souvient Stefan. Mais connaître plusieurs langues, ça ouvre l'esprit!». «On ne nous laissait pas utiliser le baby-foot», se rappelle Gweltaz. «On était mis à l'écart», confirme Marvin. «On nous traitait de ploucs. On nous demandait si on apprenait à fabriquer des bombes, ajoute Hannah. On ne faisait qu'apprendre le breton. C'est pas interdit d'apprendre une langue!».
«La rivalité on ne connaissait pas»
Cet ostracisme, ils disent le ressentir encore. «Certains de notre âge pensent qu'on n'écoute que de la musique traditionnelle où nous provoquent sur des sujets politiques», relève Marianne, qui est en terminale au lycée Diwan, après avoir été au collège du même nom. Le reste de la bande a suivi ce même parcours après la classe bilingue. Mais poursuivre des études supérieures a signifié «quitter le cocon». Stefan et Hannah confirment que, «dans les établissements classiques, tout est rivalité. On ne connaissait pas ça». Samuel tempère. «Il arrive que des gens soient épatés que je parle breton à mon âge». Gweltaz confirme. «Dans mon lycée, ça étonne, mais ça intéresse».
«On a eu beaucoup de chance»
Cette aventure particulière, ils le disent, les a forgés. «On est plus fort», assure même Stefan. Les relations avec les parents, les professeurs, ne connaissent pas les barrières ordinaires. Dès le plus jeune âge, ils ont milité à leurs côtés. Ils n'ont pas peur de prendre la parole. D'expliquer. La fraternité qui les unit s'accompagne d'une vraie lucidité. «Nos parents se sont beaucoup occupés de nous, de l'école. Nos profs étaient très motivés. Nous avons eu beaucoup de chance», résume Hannah. Leurs projets pour demain? Découvrir les autres, le monde. «On a une identité culturelle super-forte, super-intéressante et je suis sûr qu'il y en a plein d'autres comme celle-là à découvrir ailleurs», s'enthousiasme déjà Samuel. «Si notre projet, c'était d
e rester entre-nous, cela voudrait dire qu'on a raté quelque chose», analyse d'ailleurs Hannah. Quant au breton, ils le regrettent, mais ils ne le parlent plus assez à leur goût. Ce soir, ils pourront se rattraper.
Pratique «Vingt ans, ça se fête!», ce soir à partir de 19h, salle des fêtes, Douarnenez. Expo, concert, repas. 10EUR, concert+repas. 8EUR, concert. 5 EUR, repas enfant. Entrée gratuite moins de douze ans. Réservation au 02.98.92.10.07.
