23 octobre 2009
Le jury, qui s'est retrouvé vers 9 h15 dans la salle d'assises du palais de justice de Quimper vient de se retirer. Les délibérations devraient durer toute la journée. Les cinq accusés avaient, aupravant, brièvement exprimé leurs excuses.
L'avocat d'Antonio Freitas qui plaide l'acquittement, les quatre autres qui se renvoient la balle. La journée a été chargée, hier, pour la cour d'assises du Finistère.
La journée d'hier
Depuis trois semaines, tout semble désigner son client comme le commanditaire présumé de l'enlèvement de Bernard Algret, à Bénodet, en décembre2005, et l'auteur supposé des tortures qui en ont suivi. Me Fabrice Petit n'avait pas la tâche facile à l'heure de défendre José Antonio Freitas, qui encourt la perpétuité. D'autant qu'il a plaidé l'acquittement.
L'avocat dépasse les bornes
«Freitas est in-no-cent, on a voulu lui faire porter un chapeau qui n'est pas le sien. Lui, un parrain! C'est rassurant alors. L'équipe de quatre partis à Bénodet s'est montée dans son dos, il était à mille lieues de penser vengeance», a-t-il clamé, reprochant au bouillonnant «Tonio» ses libertés dans le box. «Sa grande gueule, un vrai handicap. Il est insupportable. Par son attitude, il donne l'impression qu'il y était». C'est justement ce qu'a tenté de gommer l'homme en robe en fustigeant cette accusation qui, pour lui, ne repose que sur «du sable et la parole». Celle de l'ancien bras droit Joël Bogaert qui a toujours dénoncé Freitas comme l'instigateur du cauchemar d'Algret. «Bogaert est suffisamment intelligent pour dénoncer et se mettre à distance. C'est subtil. Plus que mon lourdaud qui se lève ici ou appelle d'un portable en prison». La cour a écouté les arguments de l'avocat. La présence de «Tonio» à Bénodet le 13décembre pour un repérage? «Impossible, la téléphonie prouve qu'il a débranché son portable à la fermeture du bar et l'a rallumé le matin, comme tous les jours. Il ferait un repérageet ne viendrait pas au coup? Lui qui veut toujours se mettre en avant!». L'Opel Vectra détruite? «Elle peut l'impliquer alors qu'il est innocent. S'il avait su que le corps d'Algret avait été transféré dans le fourgon, vous pouvez être sûr que le fourgon terminait de la même façon». Les écoutes téléphoniques? «?Les anguilles seront grasses ?, ce n'est pas très beau. Fin décembre, il avait été mis au courant, mais la mort d'Algret ne le touchait pas trop». Les bornes téléphoniques qui prouvent sa présence dans le secteur où Algret est décédé le 16décembre? «Son portable ne déclenche aucune borne au niveau du terrain de La Papotière, mais à côté, près de chez ses amis, de ses parents ou à Metro. Ça change tout, il ne peut pas l'inventer. Comme pour le sac d'armes, il n'y a aucune trace de son ADN».
«Bogaert, lui, a déjà tué»
Dans la matinée, Me Philippe Lescène pour Rachid Harafane et MeJérôme Stéphan pour PierreKolyé, qui encourent respectivement 18 et 10 ans de réclusion, avaient fort bien défendu la thèse du cambriolage qui dérape. Au contraire de Me Buisine. «J'aurais souhaité dire qu'il s'agissait d'un cambriolage qui a mal tourné. Mais c'était un enlèvement qui n'aurait jamais dû terminer comme ça. Bogaert s'est senti trahi, manipulé. Il colle trait pour trait à la réalité et ne fuit pas ses responsabilités. Il estl'homme à abattre, et je pèse mes mots». Un homme au «code d'honneur» que Me Aline Renard-Guéguen s'est empressée d'égratigner, le chargeant comme l'avait fait dans la semaine son client, Christian Soler, pour qui elle a plaidé l'acquittement pour le meurtre et le coup mortel. «Il est dénué de toute perversion, incapable d'envisager de supprimer un être humain. Bogaert, lui, a déjà tué». Un «Jo» touchant lorsqu'il s'est adressé à la partie civile en fin de journée. «Je me sens responsable, pardon pour le père de la jeune fille». Freitas enchaîne. «On peut être maladroit et innocent. Je suis navré, je n'ai pas participé à la mort de son papa».
