12 août 2009 - 1 réactions
Le 15août, la petite ville de Caraquet, au Nouveau-Bruns- wick (Canada), résonnera du plus assourdissant tintamarre qu'elle aura jamais connu. Le congrès mondial acadien réunira des instrumentistes venus du monde entier. Et de Bretagne.
Chaque année, le jour de l'Assomption, la fête nationale acadienne, voit des milliers de personnes descendre dans les rues de Caraquet, au Nouveau-Brunswick, pour faire le plus de bruit possible. Batteries, tambours, casseroles, tout est bon pour signifier aux Anglais que les Acadiens sont toujours là, deux siècles et demi après le «Grand Dérangement». Lors de cette terrible déportation de 1755, l'armée anglaise avait fait place nette de la population francophone catholique pour confisquer ses terres et les distribuer aux colons britanniques. Les Acadiens, dont la grande majorité était issue de l'émigration de paysans du Poitou, du Maine, d'Anjou et de Bretagne (qui leur a aussi donné de nombreux prêtres), avaient alors été dispersés dans le monde, à pied ou en bateau.
Des milliers d'entre eux avaient laissé la vie dans cette funeste évacuation.
Acadiens de Bretagne
Certains ont achevé leur aventureux voyage sur les côtes de Louisiane. D'autres sont parvenus à revenir vers la vieille Europe. Nantes et Saint-Malo ont été les principaux ports d'accueil des bateaux de la déportation. Certains réfugiés ont fait souche en terre bretonne, notamment à l'Ile Tudy, Lorient, Nantes, Morlaix(notamment les ancêtres de Dominique Lavanant), la vallée de la Rance et Auray (dont l'un d'entre eux a été maire). Belle-Ile a également reçu un contingent de 383exilés, 78 familles. Le roi de France comptait que leur haine de l'Anglais allait contribuer à défendre l'île d'un débarquement britannique. Les ports bretons ont aussi été ceux du retour des Acadiens vers l'Amérique, mais pas vers leur pays, qui leur était encore interdits. De 1775 à 1785, 1.600 d'entre eux ont embarqué à bord de sept navires qui ont appareillé de Nantes pour la Louisiane, où se sont retrouvés la plupart des exilés. Une grande fresque murale rappelle ces grands départs, rue des Acadiens, dans le quartier nantais de Sainte-Anne, qui domine le port. Aujourd'hui, des descendants bretons des victimes du «GrandDérangement» ont gardé un attachement à la terre de leurs ancêtres. De l'autre côté de l'Atlantique, dans la péninsule acadienne où sont lentement revenues des familles de déportés, les traditions des régions d'origine des premiers colons ont imprégné la culture et l'histoire des 70.000habitants. Au point qu'un Breton, loin d'y être dépaysé, s'y sent comme chez lui.
Bretons d'Acadie
De la Bretagne, l'Acadie garde le souvenir de grandes figures de la résistance à l'Anglais. Le Morlaisien Joseph Guéguen, qui s'était caché dans les forêts pour éviter la déportation, a été le grand artisan de l'alliance entre les Acadiens et les Indiens Micmac. Il a rédigé le premier - et le seul - dictionnaire français-micmac, avant de devenir armateur et de fonder la ville et le port de Cocagne. Le père Jean-Louis Le Loutre, Morlaisien également, a incarné la résistance politique aux Anglais. Homme d'influence, bien introduit à Paris, il a tenté sans succès d'obtenir le soutien de la France à la cause acadienne. La Bretagne est également présente dans le roman-poème d'Évangéline, cette jeune fille d'une famille de déportés dont les malheurs ont même fait pleurer les Anglais. Elle devait être issue de colons bretons, à en croire l'imagerie populaire qui représente son grand-père vêtu de chupen et bragou-braz. Enfin, c'est aussi un lointain descendant de Bretons, Jean-Guy Rioux, qui préside le congrès mondial acadien.
