10 juillet 2009
La rieuse inflexion des sourcils broussailleux a vite fait de briser la distance quasi réglementaire qu'oppose le premier regard de cet alerte sexagénaire. La poignée de main est pleine et solide. Prompt à la blague et aux éclats de rire, GérardDenis, 65 ans, parle direct et efficace, ainsi qu'on aime le faire dans le milieu du sport. Ici, dans ce monde de l'extrême, la chaleur de l'échange est souvent dissimulée sous des considérations techniques.
Goût de l'extrême
Casanière, la retraite? Pas pour Gérard: l'aventure est au bout de ses pieds. Quand il ne court pas, celui qui est aussi président du Karaté club fouesnantais travaille assidûment ses katas. Il a d'ailleurs décroché son deuxième dan, quelques semaines avant de se lancer dans la TransEurope. Un drôle de bonhomme, ce Gérard. Son passage dans les troupes de marines, il y a un bail, a probablement contribué à développer ce goût de l'aventure teintée d'extrême. La carrière chez les CRS, faite de contraintes et de fonctionnement hiérarchique, a sans doute forgé le mental. Mental qui, pour avaler quotidiennement 70 à 80 bornes en courant durant 64 jours, doit forcément être blindé. L'homme n'en est pas tout à fait à son coup d'essai: deux «Transe Gaule» (course pédestre la plus longue de France, Manche-Méditerranée), une «Deutschlandlauf» (même principe, version Allemagne) et une Milkil (de Saint-Malo à Sète) figurent au compteur du Breton.
Gestion fine de l'effort
Dans les rangers, l'apprentissage de l'effort confine à la robotique. Clairement un atout, aujourd'hui, dans ce défi insensé. Mais la bonne connaissance de soi et de ses limites dans la contrainte est sans doute l'expertise que la TransEurope met le plus en valeur. Chez Gérard, l'intime savoir-faire se traduit par une gestion fine du capital physique. Par une capacité de bons choix tactiques, aussi. Ne pas brusquer la mécanique pour l'emmener loin, dans un effort doux mais constant. Intellectuellement, l'affaire est entendue. Baskets aux pieds, avec 4.500 bornes comme horizon, c'est autre chose. La TransEurope Foot Race est la plus longue course à pied du monde: de l'Italie à la Norvège. Les «survivants» sont arrivés au Cap Nord, point le plus septentrional d'Europe occidentale, dans le cercle polaire arctique, en bravant des conditions météo parfois difficiles: pluie, froid, neige, vent...
Le «Breizh finisher»
Des 67 concurrents engagés, il n'en restait plus que 51 en lice après 2.600km. Gérard était de ceux-là. Moral à peu près au beau. Celui que le milieu de la course extrême appelle le «diesel» s'est même payé le luxe d'une petite remontée au classement général: un ancrage dans les trentièmes places, que le Breton têtu ne voudra pas lâcher avant le Cap Nord. Une bronchite l'a plombé un bon bout de temps, entre fin mai et début juin. Mais la machine a tenu. Là, le soutien de Nicole, épouse et ravitailleur officiel de la course, a été sans faille. Avec 45 autres extraterrestres, le «diesel» a franchi la ligne d'arrivée le 21juin: «Arrivée au Cap Nord à 13h15. Aucune émotion. On en a eu tellement pendant la course. La messe est dite...», écrit sur son livre de bord ce drôle de pèlerin. Du temps pour redescendre, il en a fallu un peu. D'ailleurs, la performance modeste comme à son habitude, Monsieur Gérard a voulu tranquillement marquer son anniversaire de mariage sous le soleil de minuit. Le retour vers la terre d'Armorique et sa civilisation estivale va se faire tout doucement, même si les copains l'attendent déjà de pied ferme, à Fouesnant pour commencer (lire ci-dessous).

25 mai 2012 à 14h35 - 7 réaction(s)
25 mai 2012
25 mai 2012