25 août 2009
La quatorzième université d'été des régions et des peuples solidaires (R&PS) organisée par l'UDB (Union démocratique bretonne), s'est ouverte à l'Arche, à Tréguier, hier matin. Mona Bras a répondu à nos questions.
Le fléau des algues vertes pose le problème du modèle agricole breton. Comment le voyez-vous évoluer?
Il y a effectivement un lien tout à fait fort et on va poser la question de ce modèle très toxique pour l'environnement et la santé humaine. On touche là des intérêts économiques, des lobbys et des intérêts financiers très forts. La Bretagne a répondu à l'appel du Général de Gaulle au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, car il fallait nourrir la France. Les paysans bretons ont su montrer qu'ils étaient capables de passer d'un modèle médiéval à un modèle quasi industriel. Aujourd'hui, on leur demande notamment de produire autre chose et différemment. Il devient urgent de ramener la population animale au sol et donc d'en finir avec les importations de soja et de maïs OGM, qui nous viennent d'Amérique du Sud et provoquent là-bas, des dégâts environnementaux, sociaux, économiques et humains.
Quelle est votre vision de la crise agricole actuelle?
Aujourd'hui, il n'y a qu'à regarder les producteurs de lait, de viande porcine, de fruits et légumes, tout le monde tire la sonnette d'alarme, c'est quand même un comble! C'est un système où plus ils produisent, plus ils perdent d'argent. Il devient urgent de réécrire la PAC (politique agricole commune), il faut la garder car c'est aujourd'hui le seul outil de régulation qui existe, mais la gérer différemment. Il faut régionaliser les aides de la PAC, afin de la gérer au plus près des populations et la partager vraiment équitablement entre tout le monde. Si la gestion de ce budget était confiée au conseil régional de Bretagne en lien avec l'Europe, il serait possible de changer de modèle et aider à la reconversion de tous ces paysans qui n'en peuvent plus. On le sait, aujourd'hui, 80% des aides vont vers 20% des producteurs. Lorsque l'État a rendu publique la liste des principaux bénéficiaires de la PAC, tout le monde a été surpris de découvrir le nom de Charles Doux qui produit du poulet bas de gamme dans des conditions déplorables.
Que pensez-vous de la réforme des collectivités qui va être proposée à la suite du rapport Balladur?
Le dernier document que nous ayons reçu fait état d'une réforme qui ne nous convient pas. La question du nombre de collectivités, de leurs compétences, du nombre d'élusetc., peut se poser légitimement. Mais il y répond d'une mauvaise façon. D'après ce que l'on constate, c'est l'aspect démocratique du conseil régional qui disparaîtrait, car c'est un conseiller territorial qui serait élu au suffrage nominal à un tour, une sorte de conseiller général XXL. Ça ne nous convient pas du tout, car on va tomber dans un bipartisme qui va faire le jeu des grands partis UMP et PS, un système à l'américaine. La question fondamentale qui se pose, c'est comment répondre, dans le cadre territorial qu'est la région, aux enjeux du XXIesiècle. L'ONU, le PNUD et la Communauté européenne, ont fait remarquer que ce n'étaient pas les Etats mais les régions qui sont l'échelon territorial, qui seraient demain le plus en capacité de répondre à ces enjeux-là. Tout est détaché à Paris et plus c'est loin, plus c'est de la politique hors sol.
