26 novembre 2011
Quel clown, ce Raymond! 14h30, hier. Les échauffements passés, l'artiste passe sans temps mort, ni appréhension, aux figures acrobatiques. Alors que les quinze résidants qui l'entourent rivalisent de concentration et d'agilité pour tenter de maintenir la balle rouge en équilibre sur le sommet de leur crâne, le pensionnaire en fauteuil préfère, lui, contourner la difficulté en nichant la bille au creux de son chapeau mou. Rires à la cantonade. Bruno, l'animateur-jongleur de l'école «Cirque en flotte», de Pleudaniel, applaudit la malice de l'octogénaire aux ressources insoupçonnées. Le résidant jubile.
Un trimestre test
Cet instant de communion et de plaisir partagé autour de quelques mouvements relevant parfois de l'authentique prouesse, c'est la magie de l'atelier mis en place depuis la rentrée à la maison de retraite de Kergomar, à Lannion. Fruit d'un partenariat entre le CarréMagique, pôle national des arts du cirque, et l'établissement pour personnes âgées dépendantes, ce rendez-vous qui s'achève après un trimestre «test» ne devrait pas en rester là. «L'intervention n'a occupé que huit séances d'une heure, mais on va probablement pousser plus loin l'expérience l'an prochain», rapporte Claire Lidec, médiatrice culturelle qui rappelle que le Carré Magique en est à sa deuxième aventure du genre, après l'hôpital Bon sauveur de Bégard, il y a trois ans.
Meilleure estime de soi
Cette drôle de thérapie, une lubie? Loin de là, témoigne Elisabeth Loirat, aide-soignante en charge de l'animation au sein de la maison de retraite aux quelque 140 pensionnaires. «Les exercices proposés avec balles, massues ou bâton du diable changent le rapport entre soignant et soigné. On est très surpris par les mouvements que parviennent à exécuter certains pensionnaires. Leregard que les résidants posent sur eux-mêmes, comme celui que nous posons sur eux, s'en trouve changé. C'est très profitable», juge l'animatrice qui voit se développer au fil des séances «plus de solidarité entre les résidants et aussi une meilleure sociabilité». Pleines de peps et d'allant, Yvonne, 85 ans, et Anna, 90 printemps, ne disent pas le contraire. Massues ou balles en main, le duo «prend plaisir» à exécuter les mouvements décomposés par Bruno qui jongle aussi habilement avec ses ustensiles qu'avec ses élèves. «Tous ces exercices, c'est amusant. Ça me rappelle ma petite-fille», sourit Yvonne qui, au départ, s'attendait à croiser des fauves. Raymond, lui, fait toujours la bête. Que le spectacle continue!
25 mai 2012