31 janvier 2009 - 5 réactions
Saisi d'une trentaine de plaintes, le parquet de Guingamp a ouvert une information judiciaire contre l'agence web Kemenn, basée à Grâces. Gilles Auvinet, le patron, concède quelques ratés auprès de ses clients, mais fait valoir un taux d'insatisfaction dérisoire.
90 salariés fin 2007, 230aujourd'hui; un chiffre d'affaires qui passe de 5 à 11MEUR en un an... L'entreprise Kemenn - «communiquer» en breton-, aurait-elle grandi si vite qu'elle en aurait oublié de soigner son image sur la toile? De Pau (64) à Saint-Malo (35), des clients s'estimant «abusés» montent au créneau. Pour eux, la société du P-DG Gilles Auvinet, 25 agences dans l'Hexagone, s'est davantage illustrée par ses techniques commerciales jugées «très agressives» que par la réalisation et la maintenance des sites internet proposés aux PME et TPE.
Dette de 12.000 EUR
Sur les forums internet, on se fédère. Au parquet de Guingamp, une trentaine de plaintes ont été déposées. À la Direction départementale de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), les réclamations sont, depuis la fin 2007, «de deux à trois par semaine». Suffisant pour qu'en février2008, le parquet de Guingamp décide d'ouvrir une information judiciaire pour «tromperie et probablement escroquerie». François Dresen, substitut du procureur, parle de «manoeuvres commerciales a minima douteuses». Quid, au juste? Alain, commerçant à Pau, en liquidation, dénonce la prestation de service. Selon l'ex-vendeur de T-shirt, Kemenn lui aurait livré un site internet «bâclé». «Réalisation non conforme à la commande», «produit sur mesure qui s'avérait être un copier-coller d'autres sites», «piètre référencement sur le web»... Le quinquagénaire dit surtout «avoir été naïf: Kemenn m'a proposé un partenariat. J'acceptais que mon site serve de vitrine aux futurs prospects et l'entreprise m'offrait la création. Problème: je n'ai pas lu le contrat. Je pensais pouvoir résilier mon abonnement de 48mois. Or, Locam (1), chargé du recouvrement des mensualités, le refuse. Aujourd'hui, on me réclame 12.000EUR que je n'ai pas!».
«Je ne suis pas un voyou»
Sylvia, cartomancienne à Saint-Malo, explique n'avoir, elle non plus, rien vu venir. Elle est aujourd'hui en contentieux pour avoir fait opposition sur son compte. «Pourtant, c'est avec Kemenn que j'ai signé, pas avec Locam!» «Je ne suis pas un voyou», répond Gilles Auvinet qui explique que 70% de ses abonnements sont revendus à la société de location pointée. De fait, les litiges évoqués ne le «concernent plus». Pour le patron qui vient de réaliser 400 nouveaux contrats le mois dernier, il y a toujours des «insatisfaits. Sur 6.000 clients, je n'ai eu que vingtcontentieux, et sur onze délibérés on en a gagné dix!»
«Mea culpa pour les débuts»
Signe qu'il souhaite améliorer son service commercial, - «Je fais mon mea culpa pour les débuts»- il permet «depuis un an» aux entrepreneurs peu attentifs de se rétracter «alors que la loi ne nous y oblige pas». Pour 2009, son credo «c'est la qualité! Sans quoi, pas de réabonnement possible». Un engagement que la répression des fraudes qui tient également Wisir dans le viseur (l'autre web agency de Kemenn basée à Trégueux), appréciera. Valérie (2), ex-commerciale de l'entreprise, n'a, elle, pas supporté la technique dite du «one-shot» (une visite chez un prospect=un contrat signé). Elle aussi a préféré casser son contrat.
1. Etablissement de crédit, filiale du Crédit agricole. 2. Prénom modifié.
