9 octobre 2012 - 2 réactions
«Ne plus être ministre, c'est s'asseoir à l'arrière d'une voiture et s'apercevoir qu'elle nedémarre pas». À l'heure du Salon de l'auto, c'est cette jolie pirouette qui a valu à François Goulard de décrocher, hier, leprix 2012 de l'humour politique, où un autre élu bretons'était distingué, il y a vingtans tout juste: Kofi Yamgnane, pour avoir déclaré: «JesuisunBreton d'après la marée noire».
L'art de l'autodérision
Le président du conseil général du Morbihan et ex-maire de Vannes est un habitué de cepalmarès pour lequel il a plusieurs fois été nominé. Il est vrai qu'il a l'élégance de pratiquer l'autodérision, art suprême de l'humour, qui consiste à commencer par se moquer desoi-même. On ne voit pas quel autre ex-ministre aurait osé sortir une telle saillie sur la solitude post-gouvernementale de la banquette arrière. L'autodérision politique, François Goulard l'a aussi beaucoup pratiquée contre son propre camp, où il ne s'est pas fait que des amis en maniant l'ironie vacharde. Ainsi, quand, en 2003, il lança l'une de ses plus célèbres répliques, alors que Raffarin était Premier ministre: «Cette semaine, le gouvernement fait un sans-faute. Il est vrai que nous ne sommes que mardi». Et c'est à lui aussi qu'on doit un fameux croche-pied politico-artistique: «Johnny Hallyday qui annonce sonintention de rester français et Bernard Laporte qui entre au gouvernement: c'est une période faste pour l'intelligence française».
Maître Santini
Avec son franc-parler et sonsens de la formule, François Goulard est ce que l'on appelle «un bon client» pour la presse française et plus encore quand il était dans lamajorité. Il a succédé à unautre ex-ministre, AndréSantini, dont l'humour ravageur enfilait les saillies comme des perles. On lui doit une célèbre envolée sur unex-ministre de la Justice: «Saint-Louis rendait la justice sous unchêne. Arpaillange la rend comme un gland». Ou encore: «Juppé voulait un gouvernement ramassé, il n'est pas loin de l'avoir».
Politiquement correct
André Santini et François Goulard sont une espèce en voie de disparition. Aujourd'hui, quand la classe politique fait de l'humour, il est souvent involontaire tant le genre ne fait plus recette. Quand Nadine Morano déclare qu'elle n'est pas raciste car elle a «une amie tchadienne qui est encore plus noire qu'une Arabe» (ce qui lui a valu d'être nominée à ce prix), on ne jurerait pas qu'il faille yvoir la traçabilité d'un mot d'esprit. À l'heure où les élites et, singulièrement, la classe politique, sont eux aussi victimes de la crise morale qui affecte l'esprit français, faire de l'humour est devenu une arme à double tranchant. D'ailleurs, l'exemple vient d'en haut: en visant laprésidence de la République, François Hollande a fait le double choix de la maigritude et de la sériosité. Finies les plaisanteries fines et, plus encore, lesattitudes désinvoltes, comme ses franches parties de rigolade avec Jacques Chirac qui finissaient par semer le trouble. Aujourd'hui que le politiquement correct s'impose à tousles étages, François Goulard fait de la résistance. Et ilméritait bien ce prix pour l'ensemble de son oeuvre.
21 mai 2013 Ã 18h31