10 novembre 2009
Des tags à connotation raciste ont été inscrits sur la vitrine d'un commerçant à Guingamp. D'origine marocaine, Ahmed Eldiba s'est senti visé mais d'autres inscriptions ont été relevées ailleurs.
«Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise...». D'un air dépité, Ahmed Eldiba regarde les trois volets de sa vitrine entachés d'un cercle contenant une croix. Des croix gammées ou des croix celtiques stylisées? «Rien ne permet d'assurer qu'il s'agit de tags racistes», minore la gendarmerie. Sauf que le kebab «Les délices d'Orient», dans le quartier Saint-Michel, à Guingamp, est le seul à en avoir fait les frais, dans la nuit de vendredi à samedi, et qu'un mur adjacent porte l'inscription «Zone anti-racailles», réalisée la même nuit. D'origine marocaine, Ahmed Eldiba vit en France depuis40 ans. «Mon père a combattu pour la France», précise le commerçant, «fier d'être français», parfaitement intégré dans le quartier.
Solidarité des voisins
«Les voisins sont venus me voir les uns après les autres, parfois en famille», raconte-t-il, touché par ces marques de sympathie. «Depuis que j'ai ouvert, en juillet2006, je n'ai jamais eu de problèmes, je n'ai jamais reçu de menaces». Lui aussi déplore quelques incivilités dans le quartier, comme des rétroviseurs cassés, mais rien de plus. Il constate cependant que «l'écriture est bien nette, pas celle de quelqu'un d'alcoolisé». «Des gens pas intelligents, qui font ça en cachette, mais conscients.» À noter qu'une autre plainte a été relevée par les services de gendarmerie ce week-end. Là , dans une enceinte privée, il est inscrit «Zone identitaire», à la bombe. Sur la route de Tréglamus, au niveau de l'échangeur RN12 de Kernilien, quatre grandes inscriptions «Pas d'Islam chez nous» s'affichent, de chaque côté des piliers du pont. Dans ce cas, la connotation raciste des tags ne laisse pas de doute.
L'UDB dénonce des «pulsions racistes»
Dans un communiqué, L'Union démocratique bretonne les condamne et note que «la ville de Guingamp était très récemment recouverte d'autocollants du mouvement d'extrême droite installé dernièrement à Guerlesquin (29), Jeune Bretagne». Et de préciser, se référant «à l'actuel débat sur l'identité nationale», «il semble libérer chez certains des pulsions racistes que nous dénonçons».
Annie Le Houérou, maire de Guingamp, est allée voir aujourd'hui  le commerçant dont la vitrine a été victime de tags racistes, le week-end dernier, dans le quartier Saint-Michel. «  J'ai voulu lui apporter le soutien de la population guingampaise  », a-t-elle déclaré, précisant que «  même s'il s'agit d'un acte isolé, c'est intolérable. On ne peut minimiser ce type d'inscriptions et de comportement. Même en période de crise, ils ont des relents nauséabonds  ».
