19 février 2009
«Nous, on est les deux punkettes.» Il y a Hélène, du service commercial, au collant rose qui grimpe sur la table en brandissant un micro. Et Marie-Aude du service marketing, qui arrache sa blouse blanche au début du clip. PierreYon, directeur général, apparaît, lui, coiffé d'un bonnet péruvien dont il relève les couettes. Le tout sur le titre phare des Wampas, «Manu Chao»: «Si j'avais son portefeuille... J'partirais en vacances!...» Délirant, diront certains. N'importe quoi, diront d'autres. Non, en fait, on parle management.
Le P-DG, un acteur parmi d'autres
Vous souhaitez mettre en valeur votre société, montrer la bonne ambiance qui règne dans votre entreprise? Pour être dans le coup, il faut faire un «lipdub», littéralement «mouvement des lèvres», plus explicitement une vidéo de trois ou quatre minutes où les salariés interprètent en play-back une chanson gaie et connue. Mise en ligne fin janvier, celle du groupe Daunat, leader du sandwich industriel, a déjà vu passer plus de 8.000visiteurs. «Comparé aux 300.000 sandwichs vendus par jour, c'est insignifiant», reconnaît Pierre Yon, son rôle de directeur général retrouvé. Le but de la manoeuvre, alors? «Au départ, il s'agissait d'un usage purement interne, de bien fédérer les équipes pour ce début 2009, explique-t-il. J'ai découvert le lipdub d'un confrère de l'agroalimentaire lors d'une journée management. Le concept collait bien aux valeurs de notre marque: créativité, fraîcheur, engagement des collaborateurs, plaisir autour du sandwich.» En un mot, un produit moderne, mis en ligne sur le site Dailymotion. Non négligeable, «les internautes sont des surconsommateurs de sandwichs».
Une image décalée par temps de crise
Autre aspect, donner une image décalée en ces temps de crise, sans qu'elle nuise à la marque. Trois usines, plus de 900 salariés, dont 450 sur le site de Guingamp qui regroupe aussi les services de bureau (commercial, informatique, management, marketing, qualité, recherches et développement, etc.). Ce sont eux, 58 salariés, direction incluse, qui ont été sollicités. Tous ont joué le jeu et s'y sont pris: ils gardent l'oeil rivé sur le compteur de visites. Trois semaines après le tournage qui s'est déroulé en deux demi-journées, l'euphorie n'est pas encore retombée. Un regret pour les commerciaux, éparpillés aux quatre coins de la France qui n'ont pas pu y participer. Et pour ceux qui travaillent sur les lignes de production? «Matériellement pas possible», avoue le directeur général. «Pendant que les ouvriers bossent y en a qui tapent sur Manu Chao...». Mauvaise langue de syndicaliste? «Une image d'entreprise dynamique? Pour ceux qui sont dans les bureaux. Nous, nous ne sommes que de la main-d'oeuvre.»

3 mai 2012 à 16h28 - 1 réaction(s)

1 mai 2012 à 15h52 - 1 réaction(s)

17 avril 2012 à 18h59 - 1 réaction(s)