22 février 2012
Le bilan aurait pu être plus lourd, hier matin, dans le petit lotissement collectif paisible du square de Swansea, situé en retrait du boulevard Montaigne. Il est 5h45 quand les pompiers arrivent au niveau du numéro9, un immeuble des années 60 de quatre étages sur rez-de-chaussée. «Il y avait plein de monde dehors, le dégagement de fumées était impressionnant», se souvient un voisin. Les occupants de l'immeuble sont secourus un à un. Un jeune homme aide son voisin, atteint d'une grave maladie handicapante, à fuir. Au total, treize personnes sont évacuées des dix appartements touchés par les vapeurs toxiques et dirigées vers les trois hôpitaux brestois. Au quatrième étage gauche pourtant, dans le F5 qu'elle loue depuis plus de vingt ans, Christiane Guyot ne répond pas. Les pompiers la découvrent inanimée dans sa cuisine. Elle ne se réveillera pas. Rapidement, il apparaît que le feu ayant causé tant de dommages et la mort de cette quinquagénaire décrite comme sympathique mais à la santé fragile par le voisinage, a démarré dans les caves de l'immeuble. La piste criminelle est vite privilégiée puis confirmée dans la soirée par les enquêteurs. L'expert incendie a, en effet, détecté deux points de départ de feu et un «accélérateur de combustion» dans le local, protégé par une simple porte en bois et des soupiraux en verre blanc. De ce local part aussi un escalier vers les étages.
Un homme interpellé
Au matin, tout un bric-à-brac noirci gît à l'arrière de l'immeuble, au pied des caves. Les voisins évoquent volontiers les rapports conflictuels que la défunte entretenait avec son ex-compagnon, décrit comme porté sur la boisson. Ils auraient vécu une brève histoire avant une séparation datée vers Noël dernier. Mais diverses mains courantes auraient été établies pour des menaces et des violences depuis quelques semaines et une fois, l'homme aurait même été expulsé manu militari par un voisin. Au matin, la police confirme qu'il est recherché. Cet homme de 54ans aurait, par ailleurs, été interpellé dans la nuit précédente en total état d'ivresse. Placé en cellule de dégrisement, il aurait été relâché peu après 4h30 du matin. Hasard ou coïncidence, des feux en série se sont déclarés juste après, le long d'un parcours qui mène du commissariat à l'immeuble incendié.
Autopsie muette
Activement recherché toute la journée d'hier, l'homme au casier judiciaire bien fourni pour, notamment, des violences, est interpellé dans le centre-ville de Brest, à 17h, puis placé en garde à vue. Il réclame aussitôt la présence d'un avocat. Il devra, notamment, expliquer pourquoi il aurait envoyé un texto alarmant à la fille de la victime, juste après le début de l'incendie. Un moment évoquée, la piste d'une mort violente précédant le départ du feu a été infirmée par l'autopsie de la victime, pratiquée hier, en début d'après-midi. Elle n'a, pour l'instant, pas établi les circonstances exactes du décès de Christiane Guyot et nécessite de nouvelles expertises pour déterminer si «le feu est la cause du décès», comme le commente le procureur Dresen. Avec cette question: pourquoi l'ex-compagne du principal suspect est-elle l'unique victime décédée de cet incendie qui aurait pu en compter davantage?