23 février 2012
L'affaire avait fait grand bruit à Saint-Brieuc. Et suscité une très vive émotion dans la communauté portugaise de la ville. Le 2février 2010, vers 21h, Carlos Ferreira de Araujo, maçon de 37 ans, marié et père de deux enfants, s'écroulait sur le trottoir, face au 16, rue de la Gare. À quelques mètres du bar l'«Entract'», où il venait tout juste d'acheter des cigarettes. Victime d'un violent coup de couteau porté au coeur par un jeune homme casqué, il est mort avant l'arrivée des secours. Tandis que l'agresseur s'enfuyait sur son deux-roues, suivi par un second scootériste.
20 et 5 ans encourus
Rapidement identifiés par les hommes du SRPJ de Rennes, SteevieThodiard et Yoan Aumont n'étaient interpellés qu'un mois plus tard, les 5 et 6mars. Le temps pour les policiers d'effectuer diverses vérifications et de procéder à des écoutes téléphoniques. Hier, au premier jour de leur procès en assises, les deux hommes ont reconnu les faits. Initialement mis en examen pour meurtre, SteevieThodiard, 22 ans, incarcéré à la maison d'arrêt de Brest, est finalement accusé de violences volontaires avec arme, ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Faits pour lesquels il encourt vingtans de réclusion. Accusé de non-assistance à personne en péril, Yoan Aumont, quant à lui, comparaît libre. Pour ce «délit connexe», selon les mots de la présidente, il encourt cinq ans de prison et 75.000 EUR d'amende.
Tempéraments opposés
Cette première journée d'audience a essentiellement été consacrée à la personnalité des accusés. Deux jeunes aux parcours chaotiques, ayant véçu une enfance en Outre-mer (en Martinique et en Guyane) aux côtés de leurs mères, sans véritable image paternelle à laquelle se référer. Deux hommes un peu livrés à eux-mêmes, aussi, une fois de retour en métropole, en 2007. Mais deux amis aux tempéraments bien différents. Au cours des débats, YoanAumont a été à l'image de ce qu'on dit de lui: calme, réservé, voire timide. Travaillant régulièrement en intérim dans la même société depuis des années, il n'avait jamais fait parler de lui avant cette affaire. Ce qui n'est pas le cas de SteevieThodiard, interpellé quatre fois et condamné une fois pour port d'arme prohibé. En l'espèce, un couteau papillon, un couteau à cran d'arrêt, une matraque télescopique... Et un couteau de cuisine, le 13février 2010, soit onze jours après la mort de Carlos Ferreira de Araujo. Interrogé sur le sujet, ce fils d'une greffière et d'un inspecteur de police a expliqué à la cour que depuis l'agression à l'arme blanche dont il avait été victime en Martinique, il avait pris pour «habitude» de circuler armé en permanence. Une très mauvaise habitude, surtout quand on est «intolérant aux frustrations» et d'un naturel «impulsif», comme l'indique le psychiatre qui l'a expertisé.
Pour une cigarette refusée
Des conclusions qui pèseront lourd, aujourd'hui, lors de l'évocation des faits. Car il semble clairement établi que l'origine, futile, de l'altercation entre Steevie Thodiard et sa victime, soit le refus de cette dernière de lui donner une cigarette. «J'espère que justice sera faite et qu'ils seront condamnés», a lâché, dans un sanglot, au terme d'une déposition forte en émotion, la veuve de Carlos Ferreira de Araujo. «Un homme honnête, travailleur, sans histoire. Un bon mariet un bon père de famille». Verdict demain.
25 mai 2012