10 février 2012
Les similitudes sont frappantes. Odile et Françoise, 54 ans toutes les deux, sont entrées chez Chaffoteaux à quelques mois d'intervalle, en1976 et1977. Vingt ans plus tard, après avoir travaillé des années au milieu de poussières d'amiante, les deux femmes ont appris qu'elles étaient atteintes de la même maladie: un cancer broncho-pulmonaire. Quant à leur taux d'incapacité permanente, il est strictement identique: 67%. «Et nous avons la même cicatrice», ajoute Françoise qui, comme Odile, s'est fait enlever un «bout du poumon». Désormais obligées de passer un scanner de contrôle tous les six mois, les deux anciennes ouvrières ont décidé d'attaquer leur ancien employeur, «pour faute inexcusable». Hier, elles ont donc passé l'après-midi dans la salle d'audience du tribunal des affaires sanitaires et sociales de Saint-Brieuc. «C'est terrible d'être obligées de se justifier de quelque chose que nous avons subi», déplore Odile.
«Je n'ai pas choisi d'être malade à 50 ans»
À la barre, Me Quinquis, habitué de ce genre de dossier (son cabinet défend les victimes de l'amiante depuis vingt ans), déroule les arguments. Il y a d'abord la Caisse primaire d'assurance-maladie qui a conclu, après enquête, à des maladies professionnelles. Il y a également ces plaques pleurales, «marqueurs incontestables de l'exposition à l'amiante», présentes sur les corps d'Odile et Françoise. Il y a, enfin, la liste des entreprises ouvrant droit à l'allocation amiante, sur laquelle figure Chaffoteaux pour la période 1958-1996. «Ces deux femmes souffrent d'une pathologie gravissime et, aujourd'hui, elles ne sont pas sorties de la maladie», rappelle l'avocat. Sa consoeur de la partie adverse insiste, elle, sur le fait que les deux anciennes ouvrières ont fumé pendant des années et que leur maladie s'est déclarée très tôt. «Alors que les cancers liés à l'amiante apparaissent plutôt vers 60 ans ou 70 ans». «Moi, je n'ai pas choisi d'être malade à 50 ans», riposte, furieuse, Françoise, soutenue par une quinzaine d'anciens collègues.
«Il va y avoir d'autres dossiers»
Vers 17h, après s'être entendus signifier par la présidente du tribunal que le délibéré sera rendu le 5avril prochain, tous ressortent de la salle d'audience. Le moment choisi par Me Quinquis pour glisser un message aux anciens ouvriers. «Il va y avoir d'autres dossiers. Ce qui est important, c'est d'être groupés.Lorsque vous apprenez que vous ou l'un de vos anciens collègues est malade, vous disposez d'un délai de deux ans. Après, il est trop tard pour saisir le tribunal». Et à en croire les bénévoles de l'Andeva (Association nationale de défense des victimes de l'amiante), les jugements risquent de se multiplier dans les mois et les années à venir dans les Côtes-d'Armor. «Ici, les gens ne sont pas encore autant informés que dans le Finistère. Mais entre Chaffoteaux, le Joint Français et les Forges et Laminoirs, des milliers de salariés ont été exposés à l'amiante».
25 mai 2012