2 mars 2009
Pas facile de remplacer ce bois incomparable du Brésil qu'est le pernambouc, tant cette matière première est prisée pour sa robustesse, son élasticité et surtout, sa capacité à faire voyager le son. Une solution: se tourner vers la fabrication d'archets pour la musique ancienne, qui, contrairement aux archets modernes, ne nécessitent pas cette essence si spécifique. C'est le choix de Nelly Poidevin, dont les recherches ont été primées au salon Musicora 2008, à Paris. La Dinannaise s'est intéressée par hasard aux archets anciens: «Lorsqu'au terme de mon apprentissage auprès de Jean Grunberger, il y a vingt-cinq ans, il s'est avéré que mon allergie au pernambouc m'interdirait de persévérer dans la production des archets modernes, j'ai cherché un débouché qui me permette d'adapter à mon handicap l'activité pour laquelle j'avais été formée», précise l'archetière. En choisissant de se consacrer à la fabrication d'archets anciens, qui sont traditionnellement faits dans d'autres bois, Nelly n'a pas opté pour la voie la plus simple. «Je savais que le chemin vers la reconnaissance serait plus long, moins prestigieux, observe-t-elle. Je savais également que je devrais acquérir seule le complément de connaissances qui me permettrait de reconstituer les modèles délaissés depuis la fin duXVIIIesiècle». Commencent alors de longues années de recherches, afin de réinventer le savoir-faire nécessaire.
Tester des bois locaux
«J'ai pu tester une vingtaine d'espèces et mettre au point une soixantaine de modèles, indique l'archetière. Je fais des archets notamment en cormier ou en cytise, qui sont des bois de pays. Il faut choisir le son du bois et régler l'archet en fonction». Consciente que ses recherches sur la musique ancienne résonnent avec des problématiques actuelles, l'archetière ne compte pas s'arrêter en si bon chemin: «Tout ceci m'a aidée à m'affranchir des standards, explique-t-elle. Il m'est apparu naturel de prolonger ma démarche vers l'expérimentation d'essences alternatives au pernambouc également pour les archets modernes».
Faire évoluer les pratiques
«Avant le XIXesiècle, il y avait un type d'archet par pays, voire par soliste, martèle Nelly. Aujourd'hui, les goûts et les techniques sont homogénéisés». Pour développer l'usage d'archets alternatifs, il semble nécessaire de faire évoluer les mentalités et les pratiques: «Mes recherches sur les archets modernes intéressent les musiciens qui n'ont pas de stéréotypes dans la tête, fait observer Nelly. Il faut savoir que l'on n'a pas toujours utilisé du bois exotique pour faire les archets. Mais si vous proposez un archet qui n'est pas en pernambouc aux petits jeunes du conservatoire, ils pouffent de rire!». Contact Nelly Poidevin, 18, rue François-Luzel, 22100 Dinan. Tél.02.96.87.05.43. www.archets-poidevin.com