12 juin 2008
Le service de confection textile de la Marine, le fameux « maître-tailleur » de Brest, vit ses dernières années. Les 90 salariés concernés tombent de très haut.
Le marin de la Royale ne portera bientôt plus de vêtements « Made in France » mais des articles fabriqués au Maghreb ou en Asie du Sud-Est.
L'État français avait déjà externalisé la majeure partie de sa fabrication de vêtements pour ses armées. Seule la Marine avait gardé, tradition oblige, deux sites de confection, l'un à Toulon (71 salariés), l'autre à Brest (92 salariés). Les deux sites fournissent encore, à eux deux, plus de la moitié des besoins de la Marine.
Coup dur pour cette société à statut privé, créée en 1953 et oeuvrant au sein de la base navale pour son client unique (le commissariat de la Marine).
La douche froide
À Brest, on fabrique encore les cols bleus, les vestes blanches, les pantalons de femme, les combinaisons thermostables et les tenues sur mesure, le reste étant réalisé à Toulon et surtout en Tunisie pour les shorts, tricots, les combinaisons bleues...
Lors du passage aux 35 h, le site de production avait déjà été amputé de 32 emplois (250 salariés en 1975). Gel des salaires pendant deux ans, suppressions de certains avantages acquis de longue date : le personnel avait été contraint de se serrer la ceinture pour aider au maintien de l'atelier.
Mais neuf ans plus tard, c'est la douche froide. Ils craignent aujourd'hui la fermeture définitive de leur unité, pourtant reconnue pour la qualité de sa production. Problème de productivité ? Pas exactement, plutôt de rentabilité, puisqu'on annonce des économies substantielles à commander les vêtements à l'étranger. Quid de la qualité, de la réactivité face à ce service à domicile ? Comment réaliser et assurer le suivi du sur-mesure ? Quel écobilan pour ces vêtements-voyageurs ?
« Nous savions que le service était en sursis, que les départs à la retraite ne seraient pas remplacés, mais nous étions loin de penser qu'il fermerait dans quatre ans ! », commentent, abasourdies, les deux piqueuses-mécaniciennes Michèle Bothorel et Marie-Claude Nédellec.
Un savoir-faire disparaît
Les salariés concernés (88 femmes sur les 92, dont 62 personnes qui seront encore en âge de travailler dans quatre ans) savent qu'ils ne retrouveront pas ce genre d'activité dans la région. La plupart espère être reclassé au sein d'un service de la base navale. Mais vu le flot de restrictions budgétaires annoncées, ils ne se font pas beaucoup d'illusions. « Dommage que l'État ne soutienne même pas ce genre d'emploi, ce savoir-faire au service de son armée », déplorent les deux professionnels qui accumulent à elles deux plus de 50 ans de métier.
Du côté de la Marine, on affirme ne pas vouloir se séparer de cet atelier et qu'aucune décision n'a pour l'instant été prise quant à sa fermeture.
