25 février 2008
Depuis le mois de janvier, la fac de lettres de Brest propose à ses étudiants de première année des cours de bande dessinée japonaise. « Une première en Europe », selon Denis Sigal, l'enseignant qui les dispense.
Chaque semestre à la fac Ségalen, à Brest, en plus des matières incontournables de leur filière, les étudiants doivent suivre une « unité d'enseignement libre » de leur choix, autrement dit, un cours optionnel de deux heures par semaine, doté d'un coefficient moindre.
Au début de l'année universitaire, l'ancien doyen de la fac de lettres Benoît Jeanjean a donc invité ses collègues brestois à proposer « des initiatives transversales » à leurs cours habituels. Denis Sigal, enseignant de lettres modernes à Brest depuis un an et demi, y a tout de suite vu l'opportunité de faire partager sa passion de toujours : la bande dessinée japonaise, autrement connue sous le nom de « manga ».
Une analyse de planche
à l'examen
« S'il existe un séminaire de recherche en sciences po et une école spécialisée à Paris, il s'agit, à ma connaissance, du premier cours régulier consacré à ce domaine en Europe », assure le trentenaire. Le cheminement n'a cependant pas été trop fastidieux jusqu'à l'acceptation du concept par le conseil de faculté : « J'ai simplement dû présenter le sujet, les références et la méthode ». Banco. Depuis janvier, une cinquantaine d'étudiants de Ségalen et de l'École des Arts peuvent désormais suivre deux heures de cours hebdomadaires d'« introduction à la BD japonaise », le jeudi, de 16 h à 18 h. Puis, au printemps, comme tous les cours à la fac, ce sera l'heure de l'examen : « Une analyse de planche pendant une heure ».
Car ni action militante, ni atelier de dessin, le cours de cet ancien collaborateur à la revue Animeland propose chaque semaine de décrypter les aspects historiques, esthétiques et techniques d'un extrait de BD, outils d'analyse littéraire en main.
« Ne plus être passif
face à l'image »
Dans un monde où « les nouveaux médias occupent une place prépondérante », celui qui est également l'auteur d'un « grapholexique du manga » estime qu'il y a « une vraie demande sociale de ne plus être passif face à l'image ».
Après avoir présenté le contexte culturel de production de l'oeuvre étudiée, ses codes de compréhension, Denis Sigal peut ainsi inviter ses étudiants à comparer les schémas narratifs de Dragon Ball et Naruto, ou encore à repérer les procédés de dramatisation d'une planche de Golgo 13. Goldorak offre l'occasion d'un retour aux fondamentaux : vocabulaire de l'image et des effets cinématographiques.
Une case des Chevaliers du Zodiaque ouvre, quant à elle, une fenêtre sur l'art du paravent dans les maisons traditionnelles du Japon. Mais la grandiloquence des bulles, le lien des personnages avec un ordre cosmique exhument aussi Eschyle et l'épopée.
Des desseins d'animation
Si l'objectif premier de Denis Sigal est d'abord de « continuer à faire vivre son cours », il a d'autres desseins en tête. « Si le plan de réussite en licence de Valérie Pécresse, pas très clair, conserve le système des UE libres, il y aurait alors peut-être moyen de faire quelque chose sur le monde de l'animation, en seconde année... »
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