9 février 2012
Un carrefour sans charme. L'école Jean-Jaurès. Une cohorte de gamins qui en sort. Le «Café de la Poste» fait face au bureau du même nom. À l'intérieur, le patron s'est montré aussi créatif pour la décoration que pour trouver un nom à son troquet. Quelques planches de lambris tutoient le carrelage. Au comptoir, trois habitués se pressent autour d'un unique journal. Parmi eux, Juan Massenya. C'est dans ce bistrot du Pré-Saint-Gervais(Seine-Saint-Denis) que l'animateur de l'émission «Les uns, les autres», diffusée le dimanche sur France5, a établi son quartier général. Ici qu'il vit aussi. Son magazine ausculte à sa manière de grands thèmes de société comme le logement, l'amour, l'identité ou, comme dimanche dernier, la vieillesse. Ou, plus exactement, «vieillir autrement». «Pour ce programme, nous sommes allés près d'Aix-en-Provence visiter un lotissement d'un nouveau genre pour le troisième âge», explique-t-il d'une voix régulière.
«Le journaliste de la banlieue»
Chaque thème est préalablement établi et creusé avec une équipe de sociologues. La force de ce programme et de son animateur est avant tout de donner la parole à des anonymes, aux «Français», tellement évoqués en ces temps de campagne électorale. «On sent un désamour du pays, une volonté d'opposer les minorités, les cultures. Le rôle de l'émission est d'apaiser, de desserrer l'étau de la crispation, de toujours favoriser le dialogue et de voir davantage ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous sépare», détaille ce fondu de musique, passé par radio Nova et le groupe Rapsonic, ancêtre de Raggasonic. Précédemment et toujours sur France5, JuanMassenya était l'homme de «Teum-Teum», programme audacieux consistant à faire découvrir la banlieue à des personnalités du show-biz telles qu'Olivia Ruiz, StéphaneGuillon ou Geneviève de Fontenay. À44ans, lui qui a notamment grandi dans le Val-d'Oise et les Yvelines indique, en mettant fin à l'émission, avoir voulu «lutter contre les clichés qui auraient pu faire de moi le journaliste de la banlieue. On commençait à m'appeler dès qu'il y avait un fait divers, dès qu'une voiture brûlait». Aujourd'hui, ce ne sont plus les quartiers qu'il sillonne mais les régions. Une découverte? «Bien sûr, je découvre à mon tour des choses. Ce qui me frappe surtout, c'est la nature de la relation qui lie les Français à leur culture régionale, ce sentiment fort d'attachement». L'émission, intitulée «Revendiquer son régionalisme», qui sera diffusée dimanche, a mené Juan au port du Guilvinec (29): «À un moment, j'interviewe un marin pêcheur à qui je demande s'il se sent d'abord pêcheur, bigouden ou français et qui me répond "bigouden" sans hésiter. C'est assez amusant quand on repense au débat sur l'identité nationale».
Bretagne et Antilles, même combat
Noir de peau, identifié comme rejeton des banlieues ne connaissant que le béton, Juan prend également plaisir à désorienter ses interlocuteurs en évoquant le Festival interceltique de Lorient, Dinan (22) où il est né, ses cousins de Vannes... «La Bretagne, je n'y ai vécu que jusqu'à l'âge de trois ans mais j'y revenais très fréquemment. Toute ma famille maternelle vit là-bas. Mon père vient, quant à lui, de Martinique», rappelle-t-il. Deux cultures que tout oppose? «Non, ce sont deux cultures de la mer, abreuvées d'iode... Pour ne pas dire d'autre chose. Il y a la même façon de percevoir le monde, le même tempérament insulaire qui peut parfois être un inconvénient, il faut le reconnaître. Moi, je me suis construit sur ces similitudes plutôt que sur les différences». [TIT-NOTE_B]Pratique [/TIT-NOTE_B]
«Les uns, les autres: revendiquer son régionalisme», dimanche, à 19h, sur France5.