18 juillet 2009
Comme Jules Verne, il en a rêvé. Mais Jacques Rougerie, lui, a réalisé son «Nautilus». Aujourd'hui, la plate-forme SeaOrbiter est une réalité. L'architecte va même partir en mission avec des scientifiques sur son vaisseau spatial maritime: départ en 2012, pour suivre le Gulf Stream.
Capitaine Nemo? Non, s'il a dévoré «Vingt mille lieues sous les mers», le tout récent membre de l'Académie des Sciences se présentera à bord comme un humble moussaillon. Un «mousse» qui a tout de même conçu un fameux engin: le Sea Orbiter (*).
La plate-forme racée de 51m, de neuf étages, dont sept immergés, accueillera 18 personnes dont des chercheurs. Les espaces inférieurs seront pressurisés. «Ce qui permettra de sortir à tout moment dans l'eau et d'y passer six heures par jour si besoin», explique Jacques Rougerie. Bardé de technologies de pointe, ce vaisseau est un fabuleux outil d'étude au coeur des océans. L'architecte n'en est pas à son coup d'essai.
Marqué, jeune homme, par «Le monde du silence» du commandant Cousteau, qu'il côtoiera par la suite, il réalise sa première maison sous-marine - Galathée - en 1977. Naîtront également de sa passion pour la bionique -outre Océanopolis, une cité sous-marine, bientôt, à Dubaï, et le musée archéologique sous-marin d'Alexandrie-, l'Aquaspace, trimaran d'observation à coque centrale transparente. «En réalité, l'idée de Sea Orbiter appartient à Jacques Piccard, l'homme qui a plongé à 11.000m sous les océans avec le bathyscaphe», explique Jacques Rougerie.
«Avec Jacques, on avait, auparavant, conçu un engin destiné à plonger à 4.500m pour l'étude de la dérive des continents. En vain. Il y a dix ans, engagés, avant l'heure, dans le développement durable, on a relancé Sea Orbiter. Mais les détracteurs n'ont pas manqué en France, considérant que c'était le délire d'un architecte fou. On s'est tourné vers les États-Unis. Mais c'est de Norvège qu'est venu notre salut». Le patron de Marintek, laboratoire spécialisé dans les sous-marins nucléaires, porte-avions ou plates-formes de forage, finance dix mois d'essais en bassin de carènes. «Cela nous a apporté de la crédibilité. On a pu monter le dossier en France avec un consortium d'entreprises, la maîtrise d'ouvrage étant confiée à DCN». Ce qui vaut aussi à SeaOrbiter de faire partie intégrante du Grenelle de la Mer.
Avec Jean-Loup Chrétien
Les appels d'offres pour ce bel engin de 1.000 tonnes, d'un coût de 35MEUR, vont être lancés. Début du chantier en 2010. Des tests seront menés en Méditerranée, en 2011, avant de partir dans le sillage du Gulf Stream. Support de programmes scientifiques, la plate-forme se veut aussi éducative. Elle fournira des informations en temps réel au mouvement «École agit» mais aussi au réseau mondial des aquariums. Quoi qu'il en soit, Jacques Rougerie est impatient d'embarquer: pour les essais et pour le plaisir. D'autant plus qu'il y aura, dit-il, «quelques bons Bretons» à bord, dont Jean-Loup Chrétien. «J'espère être sélectionné sur le plan santé», souligne l'architecte. «L'âge est là». Question expérience, pas de souci. Jacques Rougerie fait partie de l'équipe qui détient le record du monde de vie sous mer: 70jours. Mais qu'il soit de l'aventure ou qu'il reste à terre, celui qui se définit comme un «merrien» aura contribué, avec sa sentinelle de la mer, à améliorer la connaissance des océans, là où s'écrit actuellement l'avenir de l'humanité.
À découvrir sur www.seaorbiter.com
«Le SeaOrbiter permettra de sortir à tout moment dans l'eau et d'y passer six heures par jour si besoin». »
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