20 novembre 2009
Olivier et Youri Levallois ont filmé pendant huit mois la lutte syndicale des fondeurs de la SBFM à Lorient. Un parcours étonnant, pour des carrossiers de formation. Leur solidarité les a transformés en réalisateurs de DVD.
Quand l'un commence une phrase, il n'est pas rare, que l'autre la termine. Complémentaires et indissociables. Faux jumeaux, mais vrais complices, Youri et OlivierLevallois, 22 ans, sont, depuis quelques semaines, sous le feu des projecteurs, pour avoir braqué le leur sur le conflit social de la Société bretonne de fonderie et mécanique (SBFM), la fonderie installée à Caudan, près de Lorient. Les deux jeunes issus du quartier populaire de Kervénanec à Lorient, carrossiers de formation, ont décidé de suivre, caméra au poing, le conflit de la SBFM, placée en redressement judiciaire, il y a un an tout juste. Une lutte sociale classique, avec son syndicat majoritaire, la CGT, son leader charismatique, Pierre Le Ménahès, et ses actions savamment orchestrées. Manif après manif, ils n'ont rien raté des multiples rebondissements. Leurs silhouettes longilignes et mobiles, toujours au premier plan. «Notre frère travaille depuis dix ans à la SBFM», raconte Youri. «On s'est demandé comment faire pour les aider? On a commencé à filmer les premières manifs, avec l'idée de mettre les vidéos sur notre blog perso». Les occupations de ronds-points, les cortèges devant le siège du patronat du département, la venue d'Olivier Besancenot, puis celle de BernardLavilliers, les descentes, à la Cité de la voile, à la préfecture, les feux de pneus... «C'est comme si on faisait partie de leur cortège».
Projection du film demain soir
Petit à petit, leurs images sont devenues le ciment de la lutte. Elles ont migré vers le blog de la CGT, qui totalise à ce jour plus de 26.000 visites. Et puis, le dénouement inattendu est intervenu au mois de juin. Les larmes des fondeurs, avec l'annonce de la reprise de la SBFM et de ses 500salariés par Renault. «On s'est retrouvé avec des images incroyables. On s'est dit qu'on voulait en faire un film, toujours pour mettre sur le blog. Mais ça aurait été du gâchis», poursuivent-ils. C'est alors qu'est né le projet de DVD. Les deux frères prennent rendez-vous avec leur banquier et s'achètent un ordinateur plus puissant, visionnent les heures de rushs de vidéo, bossent le montage, apprennent les techniques de montage, travaillent sur la jaquette du DVD. «Ça représente des heures de boulot. On travaille tout le temps. On a un gros stress pour demain ». Tous les salariés de la SBFM et leurs familles sont conviés à la projection du film, au centre socio-culturel d'Hennebont. Moyennant 15 EUR, ils repartiront avec le DVD de leur lutte sous le bras. «Pour nous, c'est un tremplin», reconnaissent les p'tis gars de Kervé. À la base, on ne cherchait pas ça. Mais maintenant on veut continuer à travailler ensemble». Leur avenir, ils le rêvent désormais à l'ESRA, l'Ecole supérieure de l'audiovisuel de Rennes. Puis, peut-être, en créant leur propre entreprise? Maintenant que tout est devenu possible pour Youri et Olivier.
«On s'est retrouvé avec des images incroyables. On s'est dit qu'on voulait en faire un film». »
