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Rozenn Milin. Sauver les langues en péril

10 août 2008

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Directrice de TV Breizh, bébé qu'elle porta pendant cinq ans, Rozenn Milin reprend sa liberté en 2003. Cap sur la Chine. À l'automne 2006, elle en revient. Le problème des langues menacées la turlupine. Elle veut oeuvrer à leur sauvegarde. En janvier dernier, la Fondation Chirac l'embauche pour ça. Vous êtes aujourd'hui la directrice du programme « Sorosoro, pour que vivent les langues », à la Fondation Chirac. Comment y êtes-vous venue ? Cette question des langues, des minorités, me turlupine depuis toute petite. À mon retour de Chine, en 2006, j'ai commencé à monter un projet autour de la sauvegarde des langues en danger. Pendant six mois - un an, j'ai rencontré des linguistes, des anthropologues. Puis il a fallu trouver des mécènes. Ça n'entrait pas dans le cadre d'un projet d'entreprise... Ce fut difficile ? Oui. Dans ce domaine, la France a du retard sur les pays anglo-saxons. Bill Gates, par exemple, reverse 95 % de sa fortune à sa fondation pour l'amélioration des soins des malades dans les pays africains. Quand ils réussissent, les Américains redonnent. En France et dans les pays du sud de l'Europe, cette culture est peu développée. Face à l'attitude politiquement correcte des personnes à qui je présentais le projet, j'ai eu un moment de découragement. Ça intéressait tout le monde mais personne ne s'engageait. De fil en aiguille, mon dossier est tombé entre les mains de Jean-Pierre Lafort, ancien ambassadeur de Chine et vice-président de la Fondation Chirac. Il l'a transmis à Valérie Terranova, cheville ouvrière de la Fondation, elle-même passionnée de langues. Elle avait un projet similaire. On a fait affaire très rapidement. Puis, Valérie a convaincu le président Chirac et j'ai été embauchée, en janvier, pour monter le projet clinique « Sorosoro ». Le 9 juillet dernier, lors d'un colloque à Paris, le programme fut présenté à des linguistes de haut vol. Comment s'articule-t-il ? Il comporte trois volets. Le premier, patrimonial, consiste à travailler avec les linguistes des quatre coins du monde sur les 6.000 langues connues. 4.000 d'entre elles ne sont pas documentées. Il n'existe pas d'écrit, pas de vocabulaire, pas de grammaire. Si elles meurent, elles disparaissent sans laisser de traces, contrairement aux langues mortes que sont le grec ou le latin. C'est une course contre la montre. Mais la tâche est tellement titanesque que jamais on ne sauvera de l'oubli certaines langues. Le deuxième volet est un travail de diffusion, de propagation, de vulgarisation des travaux. Des petits films de 3-4 minutes seront diffusés sur internet à destination d'une télé des langues. Le but est de sensibiliser les populations. On veut participer à la prise de conscience. Donner à connaître. Le troisième volet, enfin, tendra vers la restitution de ces langues aux populations concernées. Si elles le souhaitent, nous les aiderons à les revitaliser, surtout dans le domaine de l'éducation. L'aide au développement à l'enfant est toujours plus efficace quand on travaille avec lui dans sa première langue. Cette démarche s'inscrit sur le long terme. Par où allez-vous commencer ? C'est gigantesque. Ça demande beaucoup d'argent. On ne va pas y arriver du jour au lendemain. Nous espérons démarrer les tournages en début d'année prochaine. Nous allons envoyer des équipes dans des pays pilotes. Au Gabon, au Guatemala où se trouve un centre de recherches et d'études des langues maya. Nous y filmerons la culture que véhicule la langue. Ça constituera une base de données pérennes pour les générations futures.

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