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Bretagne

Roman. «Armstrong, Hinault et moi»

4 juillet 2009

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Dominique Julien, prof de philo à Brest, est en train de se forger un nom dans le monde encombré de l'édition. En mêlant sa passion du vélo à un style pertinent et une histoire singulièrement charpentée, ce jeune homme allumé a accouché d'un formidable roman autour du vélo qui ne parle pas que de vélo.

Il pourrait en être contrit, ça le fait rire. «Les gens qui ont préféré le bouquin sont ceux qui n'y connaissent rien en vélo». Un comble pour DominiqueJulien qui fait tenir à la petite reine le rôle principal dans un drôle de roman aux parfums autobiographiques, sobrement baptisé «La fleur au guidon». Sorti au printemps dernier, le livre est une petite merveille sociale où la vie du petit Gérard se forge au pédalier et aux sinuosités familiales et où Bernard Hinault fait figure de déité apparue sur terre. «Au début, je voulais faire un truc à la Céline, à Douarnenez, où j'ai passé beaucoup de temps», se rappelle ce prof de philo à Brest, «et puis après, un truc sur Armstrong». Ce ne sera ni l'un ni l'autre, mais un peu des deux. Avec le Blaireau à la place du Boss, et les aventures de Gérard, sorte d'enfant thaumaturge touché par la grâce quand, un soir lors du circuit de l'Aulne, il effleure le maillot Renault-Gitane d'Hinault. La suite est à lire, l'auteur de cette bouffée d'oxygène salutaire, à présenter.

Armstrong, Merleau-Ponty et Coca light

«J'écris une heure le soir, en rentrant des cours. Quand ça ne marche pas, je regarde des scènes de Rocky I, II ou VI ou des grandes courses d'Armstrong». Sa dope? Le «Coca light». Faut croire que c'est efficace. Suffisamment en tout cas pour oser des mélanges aussi exotiques que la philosophie, l'histoire du Tour de France et une vénération sans borne pour Lance Armstrong. «Je suis du genre de fan qui regarde le vélo jusqu'aux classiques. Et le Tour, c'est mon feuilleton de l'été où je joue aux devinettes pour savoir qui va sortir du lot». Il se pousse du col. «Contador, je l'ai vu dès les dix premiers mètres d'une étape Paris-Nice», parce que selon lui, «j'ai écouté Merleau-Ponty qui estime qu'il faut éduquer son regard». Contador. «Il peut battre Lance, cette fois-ci», estime l'auteur, mi-figue, mi-raison. Mais après tout, ce qui comptera encore aux yeux de Dominique Julien sera «ce goût de l'effort, cette ténacité» qu'il porte aux nues et qu'il a puisés dans les légendes du vélo pour sortir d'une époque où il roulait en galère sur sa propre trouée d'Arenberg.

Théorie de la foule

Alors, n'allez pas lui casser son rêve avec les affaires nauséabondes de la petite reine. «Les meilleurs resteront les meilleurs. On n'a jamais fait des chevaux de course avec des chevaux de bois», assène-t-il. Point à la ligne. Pour dire sa passion, il ira sur les Champs pour l'arrivée, comme tous les ans, même quand il fallait casser sa petite tirelire famélique de travailleur incertain. «L'ambiance est spéciale, c'est la fête. On rend hommage aux coureurs». Mais à la liesse décrite, la référence littéraire n'est jamais loin dans l'univers de Dominique Julien. Elle arrive sous la forme d'une leçon d'Aristote qui «dit que le peuple est capable du meilleur comme du pire. À mon sens, l'arrivée du Tour représente le meilleur parce que l'on chante sa fascination pour l'effort et la volonté. Je n'aime pas la foule mais je l'adore pour l'arrivée du Tour. Il y a là des gens qui se rejoignent pour une harmonie populaire qui n'est pas en trompe-l'oeil». Aristote qui n'a jamais gagné le Tour. Il a fait mieux: il a éduqué cet auteur brillant. «La fleur au guidon», par Dominique Julien, aux Éditions Ramsay. 15EUR.

  • Steven Le Roy
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«Les coureurs français n'ont pas la tronche. Le prochain à gagner sera Johan Lebon. Il a 18ans, là, mais j'en fais le pari». »

  • Dominique Julien, romancier

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