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Réseaux sociaux. Bien plus que du virtuel

22 avril 2010 - 2 réactions

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Apéros géants, rencontres, tchats... Les réseaux sociaux tels que Facebook ou Twitter bouleversent les rapports humains. Même si, au-delà du virtuel, la «vraie vie» n'est pas si loin...

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Que recherchent les internautes sur les réseaux sociaux? Éviter la solitude et une société de plus en plus coercitive et individualiste? Ou, au contraire, favorisent-ils l'apparition d'une société virtuelle, peuplée de gens rivés à leur écran d'ordinateur, nouant des relations superficielles et artificielles?

Pas en opposition

En tout cas, les apéros géants organisés spontanément par des émules de Facebook ont réuni récemment des milliers de personnes à Brest et Rennes. Le phénomène -qui semble déjà s'essouffler- a trouvé du répondant, particulièrement en Bretagne. À Toulouse, c'est à une spectaculaire bataille géante de polochons et d'oreillers, sur la place du Capitole, que Johann Chaulet a assisté. Sociologue, chercheur au CNRS et spécialiste des modes de communication, il affirme que «contrairement à ce qu'on dit souvent», il n'y a pas lieu d'opposer radicalement les liens physiques et concrets aux liens mis en place dans les réseaux sociaux issus d'internet: «Si le web permet de rester plus proche d'amis ou de la famille, quand ils sont géographiquement très éloignés, dans trois-quarts des cas, les personnes avec lesquelles les internautes communiquent le plus sont celles avec lesquelles elles sont en contact physique».

Un supportde sociabilité

Un contact généré, qui plus est, par internet. De la randonnée aux rencontres très intimes, la palette est vaste; dans tous les cas, internet permet d'étendre très largement son réseau de relations. Ainsi, la pratique du «couch-surfing»: «Ces personnes qui mettent leur canapé à la disposition des grands voyageurs rencontrent non seulement des gens du monde entier, mais aussi d'autres couch-surfers de leur ville ou région lors de soirées dans les bars. L'écran devient un support pour développer une sociabilité avec des personnes qu'on n'aurait pas été amené à fréquenter dans la vie de tous les jours, dans la vraie vie».

Un paradoxe

Ce qui, selon Johann Chaulet, trahit un paradoxe: «Celui entre une société en recherche de sécurité, de surveillance et, en même temps, le désir d'une sociabilité extérieure. D'un côté, les gens se protègent et se replient; de l'autre, ils n'aspirent qu'à des rencontres réelles. Une façon de lutter contre les formes d'individualisation qui ne peuvent que générer de la frustration et de la solitude». D'où, expression ultime, ces grands rassemblements festifs. Une façon, aussi, de transgresser les interdits, des normes de plus en plus contraignantes, souligne le sociologue Joël Autret (lire par ailleurs): «Les apéros géants sont l'expression d'un besoin de faire la fête en réaction contre une société coercitive mais aussi de voir du monde qu'on ne connaît pas mais en restant, quand même, en bande».

Qui paiera la facture?

Reste que la fête à un prix. Le coût du nettoyage et de la remise en état des lieux a été estimé à 3.000EUR à Rennes. À Brest, la commune fait ses comptes et n'écarte pas l'éventualité d'envoyer la facture à l'organisatrice. Si c'est le cas, un réseau d'amis mettant la main au porte-monnaie se créera-t-il spontanément? Quoi qu'il en soit, Bruno Joncour, maire de Saint-Brieuc, a préféré prendre les devants. Il a interdit l'accès du parc où devait se tenir, ce soir, un apéro géant. Mais le réseau s'active et beaucoup d'internautes annoncent leur intention de venir quand même faire la fête.

  • Hervé Queillé

«L'apéro géant c'est l'aventure à moindre risque»



Qu'appelle-t-on réseaux sociaux?
Très schématiquement, c'est une culture du lien social. Mais internet, avec 19,69millions d'abonnés haut-débit en France, fin 2009, bouleverse des choses que l'on croyait établies, en séparant ceux qui ont internet et pas, et révèle des comportements de groupe différents.

Quels sont ces groupes?
Notons juste que les «digitalnatives» (DN) les 16-25 ans, nés avec le net, s'opposent aux «digital migrants» (DM) de plus de 40 ans, nés avec le papier qui impriment des mails! Entre eux, la générationX (30-40ans), utilise internet de façon fonctionnelle.

Les «DN» sont-ils plus impulsifs?
La génération X utilise le net pour des recherches, rencontres ou sorties basées sur des affinités communes. Les 16-25 ans sont plus dans la culture de l'immédiateté, l'accessibilité. Ils ont un fort attrait pour le jeu et aussi pour la fête.

D'où ces apéros géants?
Les jeunes et moins jeunes ressentent le besoin de liberté dans une société de plus en plus coercitive où l'on sort vite de la norme. Là on fait la fête, on se retrouve avec des gens qu'on ne connaît pas. On n'est plus dehors mais un peu chez soi; tel espace appartient à tel groupe à tel moment de la journée ou de la semaine, c'est un partage implicite de l'espace public. C'est une rupture avec les réseaux habituels. En fait, c'est l'aventure à moindre risque.

Y a-t-il plus de sociabilité pour autant?
Non, les gens ont toujours peur de l'autre. Certains anciens oublient de dire bonjour et quelques jeunes ne l'ont pas appris. En fait, solidarité et sociabilité relèvent de l'apprentissage, pas des relations de réseaux.

Il y a donc plus de réseaux mais les liens sont plus faibles?
Ces liens ne sont pas de même nature. Mais ils peuvent être forts; comme ceux qui, sur un blog, ont exprimé peine et deuil à l'égard d'une femme atteinte d'un cancer alors qu'ils ne l'avaient jamais vue! Les réseaux du net renforcent un lien social nécessaire, que l'on soit jeune ballotté entre familles éclatées ou dans la solitude d'une personne handicapée, de grands-parents isolés...

Net et réseaux sont-ils une source de conflits entre générations?
Au contraire, c'est un nouveau mode de création de liens sociaux intergénérationnels et de l'utilisation de l'espace public en réponse à un individu renfermé sur lui-même et à un besoin d'être et d'être ensemble.

Faut-il s'inquiéter ou se réjouir du phénomène des réseaux?
C'est un autre mode et monde de communication, une réponse à la société telle qu'elle est. Il faut se l'approprier sans peur.
  • Propos recueillis par H.Q.

..

60% des collégiens (13-16 ans) vont sur le réseau de messagerie MSN avant de partir à l'école. Les 11-18 ans passent plus de temps sur internet que devant la télévision. Les 15-25 ans, très accros d'internet, sont des zappeurs invétérés. Résultat: ils mémorisent peu et ont du mal à concentrer leur attention. Ce qui remet fortement en question les formateurs et enseignants, obligés de revoir ou d'adapter leur pédagogie. Les 10-13 ans, eux, n'ont pas le même comportement que celui de leurs jeunes aînés. Ils utilisent internet à meilleur escient, de façon plus réfléchie. Les «baby-boomers» (45-60 ans), la «génération silencieuse» (60-80 ans) et la «grande génération» (plus de 80 ans) ont un tout autre rapport à internet: leur fréquence et degré d'utilisation du net varient selon les professions et les classes sociales. (Photo François Destoc)

Les réseaux sociaux, équivalent de l'urbanisation?

Dès 1997 (dans Flux n°29), Michel Grossetti, chercheur au CNRS, affirmait que les réseaux sociaux, fondés sur un usage important de la communication électronique, se différencient des réseaux «ordinaires» par «des traits similaires à ceux qui spécifient les réseaux sociaux des grandes villes par rapport aux réseaux en milieu moins urbanisé... Ce qui suggère l'hypothèse de l'hyper-ville qui fait de la généralisation de la communication électronique une sorte d'équivalent de l'urbanisation, du moins en ce qui concerne les relations sociales».
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2 réactions

  • step...
    BZH Network: l'intelligence collective bretonne en réseau
    Ce dossier évoque d'une certaine façon les réseaux sociaux à l'aune des manifestations actuelles. Il ya bientôt 5 ans naissait BZH Network, le réseau social breton sur le web. Aujourd'hui, le réseau regroupe près de 7000 Bretons a travers le monde (sur Viadeo : 4400 et Facebook : 2100). Un réseau s'est constitué passant au travers des frontières et une bonne centaine de personnes sont connectées en permanence notamment via Skype, parfois en quasi simultané ! La plupart ne se connaisse pas et ne se connaitront peut-être jamais ... Pourtant, c'est sur la base de ce réseau que la Fête de la Bretagne sera fêtée partout dans le monde autour de la date de la Saint-Yves. www.bzhnetwork.com
    Ajouté le 22 avril 2010 à 12h38
  • douz...
    keurk a
    Ces femmes , entièrement ou partiellement voilées , consciemment ou inconsciemment soutiennent des théories dangereuses pour les DROITS de L'HOMME .
    Ajouté le 22 avril 2010 à 16h49

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