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Rennes. Elle a tout d'une grande

19 février 2008

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Après avoir ravi à Brest le titre de première cité de Bretagne voici 50 ans, Rennes s'est prise à rêver de détrôner Nantes et de se donner un destin européen. Une compétition dont elle s'est plutôt bien sortie. La capitale bretonne consomme ses maires avec modération. Depuis 1953, elle n'en a connu que deux : Henri Fréville, de 1953 à 1977, puis Edmond Hervé jusqu'au mois prochain. Des élus eux-mêmes modérés : le centriste chrétien et l'humaniste social se sont attachés à la gestion de la cité avec pragmatisme, plus qu'ils ne se sont excités sur la doctrine partisane. L'un comme l'autre a eu devant lui le temps du bâtisseur. Le premier a accompagné le virage industriel engagé par l'implantation de l'usine Citroën qui allait devenir le premier employeur de Bretagne. Jusqu'alors modeste chef-lieu administratif et commerçant au coeur d'un riche pays agricole, Rennes est devenue le centre d'une aire urbaine en pleine mutation. Edmond Hervé a été l'homme de la deuxième mutation, celle du développement démographique, de l'aménagement urbain, des équipements sociaux, des appétits culturels, de la poussée de l'enseignement supérieur, de l'explosion du tertiaire et de la montée en puissance des technologies nouvelles.

La spirale de la réussite

Pour y faire face, la ville a lourdement investi dans le logement, les lieux de culture, les acquisitions foncières et le transport urbain, avec son Val qui lui vaut le titre de plus petite ville européenne à s'être dotée d'un métro. Elle a multiplié les services à la population et accompagné l'essor économique par une politique de réseaux articulée autour de la technopole Rennes-Atalante. Ces efforts ont engagé la ville dans la spirale de la réussite, du rayonnement et de l'attractivité. Avec, en corollaire, la flambée immobilière qui a chassé les classes moyennes en périphérie et concentré en ville les familles les plus aisées et les moins nanties, bénéficiaires du logement social. Faut-il tenir grief au maire de cette sélection par l'argent ? Difficile de l'accuser, alors que toutes les métropoles ont connu la même évolution - avec quelques années de retard - et que Rennes tempérait l'envol des prix, amorçant maintenant sa décrue : elle était la 3 e ville de province la plus chère de France en 2002, elle est aujourd'hui reléguée à la 14 e place. Le fort investissement dans le logement social (26 % du parc immobilier), l'effort de construction et le zonage d'immenses espaces à urbaniser ne sont sans doute pas étrangers à ce relatif assagissement du marché.

L'innovateur sans portable

Que reprocher d'autre à Edmond Hervé ? Les impôts et l'endettement sont contenus à un niveau inférieur à la moyenne, les quartiers vivent au rythme de leurs conseils de proximité, l'année est jalonnée d'événements culturels de niveau national, le transport urbain bat tous les records de fréquentation grâce au métro, le taux de chômage s'en tient à 6,1 %, la population est jeune et prolifique, les revenus sont élevés, il n'y a pas de « banlieues dures » et personne ne voit aujourd'hui ce que Rennes a oublié, raté, ou délaissé. Même l'après-Hervé qui se profile à l'horizon semble devoir porter longtemps encore la patte du maître de la cité. Jusqu'à son ultime réunion de conseil municipal, samedi dernier, il a lancé des projets qui marqueront la décennie à venir. Il y a du lourd avec l'urbanisme, la 2 e ligne de métro ou le centre des congrès du couvent des Jacobins. Il y a du léger avec les bornes d'information multimédia qui permettront à tout détenteur de portable de recevoir textes, sons et vidéos d'actualité urbaine. Une première européenne innovante, voulue par un homme... qui n'a toujours pas de portable. Ah si ! N'en déplaise aux edmondolâtres, il y a quand même un reproche qui revient assez régulièrement du côté du centre-ville : le maire se montrerait trop laxiste à l'égard des routards et des noctambules excités qui viennent semer la pagaille le jeudi soir et surtout « en marge des Trans ». Il faut y voir une conséquence du bras de fer qui a, naguère, opposé l'élu à la préfète Bernadette Malgorn, le premier prônant la méthode douce et la prévention alors que la seconde n'entendait pas transiger sur le maintien de l'ordre, fût-ce au prix d'affrontements. Et puis, s'il faut en rajouter dans le côté obscur du personnage, on peut aussi moquer l'ascétisme de cet austère-qui-ne-se-marre-pas, entré en municipalité comme on entre en religion. Auprès de lui, ce joyeux drille de Lionel Jospin ferait figure d'amuseur public...

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