3 juillet 2009 - 1 réactions
L'euphorie post-électorale aura été de courte durée chez les écologistes bretons. À peine huit jours après les européennes et à huit mois des régionales, les Verts voyaient se réveiller leurs vieux démons querelleurs.
Dès le lendemain de son élection surprise, la toute nouvelle députée verte bretonne NicoleKiil-Nielsen annonçait la création du rassemblement Bretagne-Écologie, destiné à partir aux régionales en surfant sur la vague d'Europe-Écologie Verts-UDB. Patatras! Trois jours plus tard, la parlementaire tombait des nues -et de son nuage- en découvrant que le nom était déjà pris par une récente association à l'objectif lui aussi rassembleur. Les deux eurodéputés de l'Ouest et les instances régionales des partis (Stéphane Bigata, secrétaire général des Verts de Bretagne) et Mona Bras (porte-parole de l'UDB) ont alors cosigné un texte vengeur selon lequel la poursuite du succès «ne laisse pas de place aux tentatives de récupération ou de privatisation de la dynamique Europe-Écologie», et que «de ce point de vue, l'initiative Bretagne-Écologie lancée il y a quelques jours nous apparaît prématurée, contraire à l'esprit du rassemblement et ne peut donc revendiquer une quelconque filiation ou soutien d'Europe-Écologie».
Militants de terrain
Pourquoi tant de rancoeur? Sans doute parce que l'association n'est pas le fait de perdreaux de l'année, mais de militants aguerris, blanchis sous le harnois de l'action de terrain et des combats écologistes depuis des décennies. Créée en mars dernier (et non pas dans la foulée du succès européen), elle est coprésidée par trois personnalités reconnues: deux maires emblématiques de l'action publique environnementale -l'ancien Vert Daniel Cueff, à Langouët(35), et Jean-Christophe Benis à Bazouges-sous-Hédé (35) -, et une active conseillère régionale membre des Verts, Marie-Pierre Rouger, déléguée à la vie lycéenne et à l'innovation, présidente de la commission formation, adjointe au maire de Fougères.
Dans la charrette des virés
À cela s'ajoute le péché majeur de Bretagne-Écologie d'avoir accueilli des élus rennais ex-Verts, exclus par Nicole Kiil-Nielsen et ses amis lors des municipales de Rennes, début2008. Le débat avait alors été saignant au sein des Verts rennais. Fallait-il faire liste commune dès le premier tour avec Daniel Delaveau, ou partir sous la bannière verte et négocier une union d'entre-deux tours? Avec Nicole Kiil-Nielsen, adjointe sortante, la majorité a décidé qu'il fallait faire cavalier seul. Mais cela n'a pas empêché la minorité favorable à l'union de présenter sur la liste PS des candidats qui ont aussitôt été éjectés du parti. Résultat: Delaveau fait un score impérial digne d'Edmond Hervé, la liste des Verts n'atteint pas 10% et disparaît du conseil municipal, et quatre ex-Verts sont élus. Parmi eux, dans la charrette des virés, la vice-présidente du conseil régional Pascale Loget, qui était la tête de liste Verts-UDB aux régionales de 2004.
Daniel Cueff et la «mainmise des Parisiens»
Pour le coprésident Daniel Cueff, Bretagne-Ecologie n'a aujourd'hui pour mission que de rassembler la grande famille de la gauche écologiste, associations en tête, dans le but d'établir un programme d'action en vue des régionales. Présenter une liste? «Pour le moment, ce n'est pas l'objet», répond-il. «Aujourd'hui, nous sommes dans une démarche programmatique. On fonce, on connaît les sujets et les compétences de la Région et on attend les propositions qui vont remonter par notre site internet». Quant à la réaction d'hostilité Verts-UDB à l'égard de l'association, il l'analyse comme une tentative «de l'état-major politique parisien d'assurer sa mainmise sur la stratégie régionale», en mettant «toutes les associations derrière et pas devant». Pour lui, «c'est une erreur fondamentale» qui oublie de tenir compte de «la leçon du scrutin européen».
Revoilà le spectre rennais
Que deviendra le programme de l'association, une fois qu'il sera établi? Pour Daniel Cueff, il permettra d'inspirer les candidats aux régionales. Et si ce sont les socialistes de Jean-YvesLeDrian qui s'en emparent? Il n'y verrait aucun inconvénient, «l'essentiel, ce sera de l'appliquer: l'urgence écologiste, c'est d'agir, pas de s'emberlificoter dans les idéologies». Voilà un pragmatisme qui ne devrait pas déplaire au président... Et revoilà aussi le spectre de la douloureuse rupture rennaise qui pointe le bout de son nez. Les Verts et l'UDB, qui s'étaient senti pousser des ailes après avoir devancé le PS aux européennes, et qui semblent bien décidés à partir au premier tour en brandissant l'étendard Europe-Ecologie-Bretagne, voient poindre à l'horizon la menace d'une alliance objective Bretagne-Écologie/PS. Avec le risque inavoué de revivre le scénario des municipales de Rennes qui avait exclu le parti de l'assemblée au bénéfice de ses exclus.
Rennes est depuis des lustres la grande ville la plus écolo de France. On y vote Vert plus qu'ailleurs, la liste Europe-Ecologie y est arrivée en tête avec 27%, et elle a même donné un ministre Vert à la République (Yves Cochet). Voilà qui ne peut qu'exacerber les luttes pour les enjeux de pouvoir et expliquer les querelles intestines nées de différends doctrinaires et plus encore de relations interpersonnelles compliquées.
«L'urgence écologiste, c'est d'agir, pas de s'emberlificoter dans les idéologies».
