13 juin 2011
Dans un ouvrage d'une trentaine de pages publié sous le titre de son blog, «Tunisiangirl», LinaBen Mhenni raconte comment internet, les blogs puis Facebook et Twitter ont contribué à la diffusion d'une véritable information dans un pays où tous les médias étaient contrôlés par le régime en place. La diffusion sur le net de photos et de vidéos des victimes de la répression, totalement occultée par les médias officiels, a ainsi donné une matérialité à une lutte jusqu'alors invisible. Ces réseaux, explique-t-elle, ont également grandement facilité la mobilisation des opposants jusqu'au départ, le 14janvier dernier, d'un certain «Zaba» -le surnom donné à Zine el Abidine BenAli- après 23 années de pouvoir sans partage.
«Rienn'a changé...»
Pourtant, cinq mois après le départ de Ben Ali, Lina Ben Mhenni n'est pas rassurée. «Rienn'a changé dans les médias. Ça ne bouge pas du tout. Les mêmes personnes qui étaient sous BenAli à la tête des journaux ou de la télévision sont toujours là. Elles oeuvrentpour le gouvernement transitoire comme elles servaient BenAli, elles ne travaillent pas pour le peuple», assure-t-elle, en marge du festival ÉtonnantsVoyageurs, à Saint-Malo, où elle est invitée. La partie lui apparaît faussée: «On va avoir des élections avec les médias de Ben Ali et, en face, internet n'est pas accessible à tout le monde». D'abord prévues le 24juillet, les premières élections de l'après-Ben Ali ont été repoussées au23octobre. Lina Ben Mhenni ne comprend pas davantage pourquoi les nouvelles autorités n'ont toujours pas accordé de fréquence FM à la radio à laquelle elle collabore, Kalima, fondée en2008 par l'opposante historique à Ben Ali, Sihem Bensedrine. Désormais autorisée, Kalima dispose de locaux à Tunis mais reste toujours interdite au plus grand nombre puisqu'il faut disposer d'internet pour l'écouter.
«Les mêmes erreurs...»
Autre inquiétude face au report des élections, la crainte que ce délai supplémentaire ne favorise les islamistes. «De tous les partis, ce sont les mieux organisés, affirme Lina Ben Mhenni. De plus, du fait du report (des élections), ils disposeront de tout le mois de ramadan, qui tombe en août cette année, pour faire leur propagande!». Globalement, la jeune blogueuse est très critique envers les partis politiques: «Ils reproduisent les mêmes erreurs que par le passé. Ils font la course pour le pouvoir sans prendre en considération la volonté du peuple. Ils essaient de faire de la récupération, en invitant les blogueurs, par exemple, car ils ont compris que nous avons un certain pouvoir. Je ne vois que des opportunistes». Sans oublier l'ancien parti tout puissant du président déchu, officiellement dissous mais qui conserve de beaux restes. Pour toutes ces raisons, les jeunes refusent les partis mais restent vigilants, assure Lina. «Ils ont commencé à s'organiser. Ces groupes travaillent sérieusement et essaient d'agir quand il le faut (...) Les jeunes sont persévérants, ils sont pleins d'énergie et prêts à mettre la pression chaque fois que c'est nécessaire». Le plus grand changement de ces derniers mois? LinaBen Mhenni n'a pas d'hésitation: «On s'est débarrassé de la peur». [TIT-NOTE_B]Pratique [/TIT-NOTE_B]
«Tunisian girl, blogueuse pour un printemps arabe», Indigène éditions, 32 pages, 3EUR.