22 décembre 2009 - 4 réactions
Même assis dans sa voiture, Gilles, 1,94m, en impose vraiment. «J'ai le bras long, plaisante-t-il en poussant des doigts un journal dans la fente d'une boîte aux lettres. Ça m'évite de sortir trop souvent de la voiture». Il fait nuit comme dans un four en ce lundi matin. 2h40. La tournée de Gilles commence. La vitre de sa Clio est grande ouverte. Pas le temps d'ouvrir et de fermer. De jouer avec le bouton. Une bonne doudoune et un bonnet vissé sur la tête le protégeront du froid pendant les quatre heures qu'il passera à sillonner la campagne. 122km parcourus sur les routes et chemins qui traversent Irvillac, Le Tréhou et Tréflévénez.
«Samedi, c'était la galère»
«Samedi matin, c'était la galère, raconte Gilles. La neige avait vraiment retardé la livraison des journaux. J'ai commencé ma tournée vers 4h du matin. Je l'ai terminée à 11h10». Un parcours semé d'embûches le long duquel Gilles a failli rester bloqué plusieurs fois. «Les clients n'en croyaient pas leurs yeux quand ils me voyaient arriver. Même les facteurs n'approchaient pas». Marche arrière, marche avant. À en donner le tournis. La tournée de Gilles est réglée comme du papier à musique. Dans l'obscurité, sa voiture s'enfonce dans la campagne la plus reculée. «C'est bête, ce matin, on ne voit pas de gibier. Régulièrement, je croise des chevreuils, des renards ou des sangliers. C'est ma récompense». Seules deux petites queues de lapins toutes blanches viendront jouer dans la lueur des phares. De temps en temps aussi, Gilles se transforme en gardien de la nuit. Prévenant les secours quand il voit des animaux en divagation. «Une fois, un troupeau de vaches avait investi la voie ferrée Brest-Quimper. Sans mon intervention, il y aurait eu des dégâts».
La crainte de la panne
Dans la nuit d'encre, Gilles évoque aussi la crainte de la panne. Pas la crevaison. Car changer une roue en pleine nuit, c'est une formalité pour cet ancienmécano de la Royale. Non. Ce qui lui fait peur, c'est la vraie panne de moteur qui l'immobiliserait. «Ici, les portables, c'est pas trop ça, poursuit Gilles. Si un jour mon bourrin flanche, je serai dans de beaux draps». 5h. La Clio s'arrête devant une des rares sources de lumière de sa tournée: le fournil de Didier Pros, le boulanger d'Irvillac, un autre homme de la nuit. On échange quelques blagues. Chaleur. Odeur de pain frais, de croissant. Gilles en profite pour acheter sa baguette. Et c'est reparti. Marche avant, marche arrière. Un raccourci, pour gagner quelques mètres. «Ma tournée, je ne la change plus. Je l'ai optimisée au maximum». Un cheminement d'une grande complexité que son fils, qui le remplace durant l'été, a mis une quinzaine de jours à mémoriser! 6h50. Le moteur de la Clio s'arrête enfin. Gilles va pouvoir rentrer chez lui, à Loperhet. Dans l'après-midi, il dormira trois heures. «J'aime bien ce rythme. Il m'a permis de voir grandir mes enfants. Et de m'investir dans le foot et l'arbitrage». Deux passions qu'il vit au grand jour.