13 février 2009
C'est Jean-Louis Borloo qui a ressorti l'idée d'utiliser des marqueurs dans les hydrocarbures à l'automne dernier. En réalité, un serpent de mer qui réapparaît régulièrement au niveau des plus hautes instances maritimes internationales, depuis plus de 20 ans. La France vient de commander une deuxième étude de faisabilité où évidemment le Cedre, en tant que spécialiste des pollutions maritimes, a son mot à dire. Justement, pour les Brestois qui pratiquent ces questions depuis des années , ce marquage vient à l'encontre du travail engagé depuis des années. «Nous arrivons aujourd'hui à une certaine expertise et efficacité dans les constatations de pollution aérienne par photographie», estiment Gilbert Le Lann et Christophe Rousseau.
Contre les efforts actuels
«Que se passera-t-il lorsque le marquage sera institué? Les armateurs pris en faute demanderont l'analyse ADN du produit, et sans analyse, ils ne seront plus condamnés». Ce procédé irait à l'encontre de la dynamique judiciaire actuelle, et des multiples efforts actuellement déployés (photographie nocturne par exemple). L'identification, par un traceur ADN spécifique par bateau, ou le recours à des hydrocarbures marqués avec d'encore plus coûteux procédés (isotopes), entraînera des budgets et une gestion considérable des fichiers, avec 100.000 navires de commerce évoluant à travers le monde. L'harmonisation internationale ne sera pas la seule difficulté. Il faudra surtout éviter de s'emmêler les pinceaux avec plus de 100.000 marqueurs différents à gérer. Enfin, lorsqu'une pollution sera constatée, il faudra, soit réaliser un prélèvement sur place à l'aide d'un hélicoptère, soit faire appel à un avion qui larguera une bouée, qu'il faudra aller chercher pour récupérer un produit probablement fortement dilué. Enfin, les spécialistes de la pollution maritime savent combien les sources polluantes peuvent être multiples sur un navire. Faudra-t-il introduire ces marqueurs dans les moindres bacs de décantation des machines? Comment mélanger convenablement dans des tonnes de produits parfois visqueux ces marques distinctives? Enfin, quid de ces ADN biodégradables dans le milieu naturel et surtout après être montés en température dans les moteurs pour les huiles par exemple?
Les armateurs en veulent
«Il ne faut pas s'étonner que les armateurs défendent depuis toujours ce système de marquage difficile à gérer», appuie le directeur du Cedre, Gilbert Le Lann. «Un procédé qui leur offrira un formidable terrain de contestations et de contre-expertises en tous genres, qui alourdira et ralentira considérablement les procédures judiciaires...», enfoncent les hommes de terrain du Cedre.
* Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux.

3 mai 2012 à 16h28 - 1 réaction(s)

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