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Peinture. Paul Bloas et ses géants précaires

27 septembre 2007

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Comment écrire et peindre la précarité ? Le peintre brestois Paul Bloas et l'auteur Jean-Bernard Pouy ont répondu au défi lancé par l'association nordiste Travail et culture, en s'accaparant le centre-ville de Valenciennes (Nord). Là, soixante-dix silhouettes dégingandées chères au plasticien sont collées sur les murs et rappellent ce qu'il nomme « la misère banale ». Dans son atelier du centre-ville brestois, Paul Bloas se rappelle de tous ces gens, de tous ces chômeurs, de tous ces précaires, de toutes ces mères qu'il a rencontrés l'hiver dernier dans le Nord, avec son compère Jean-Bernard Pouy, l'un des pères du « Poulpe ». Au départ pourtant, celui qui s'est fait connaître grâce aux immenses silhouettes difformes et éphémères collées un peu partout à Brest, n'était pas forcément très chaud. « Des gens de l'association Travail et Culture avaient vu mon film "Mada", au festival de Douarnenez (29). Ils voulaient rapprocher un écrivain et un peintre pour intervenir dans le Valenciennois autour de la précarité ». Selon lui, « ils avaient pensé à moi à cause de mes images qui se détruisent au fil du temps et qui rappellent la fragilité des précaires ». Il sourit. « Ils ont su se montrer persuasifs. Ils ont tellement mis de choses en avant, qu'à un moment, je n'ai pas pu refuser ».

Misère banale

À cette période, Paul Bloas passe pas mal de temps à Bruxelles où il travaille sur la pochette de l'album de Miossec. Valenciennes n'est pas loin, « je m'y suis arrêté ». Il rencontre Jean-Bernard Pouy, « qui ne me connaissait pas ». L'association demanderesse a mitonné une batterie de rendez-vous au duo, dans un décor urbain « vachement dur ». Ce sera la seule spécificité locale retenue par Paul Bloas, au bout de son expérience. Après une vingtaine de rendez-vous, il a juste le sentiment d'avoir rencontré « une misère banale. On pourrait la retrouver de la même façon à Brest ou à Nice ». Les images affluent. Celle de cette femme qui travaillait chez Toyota et vivait dans un quartier dur en portant seule ses enfants et le poids d'un drame familial irrésolu. Celle de ces deux femmes « qui avancent ensemble et se dépannent » au hasard des petits boulots et des gardes respectives de leurs enfants. « L'une d'entre elles m'a expliqué qu'elle n'avait jamais été valorisée, que chez elle, elle était la seule fille dans une famille nombreuse. C'était Cosette ».

« Avec des trous »

Reste à savoir comment adopter une grammaire graphique pour représenter ceux pour qui « chaque chose simple est compliquée ». La base sera la marque de fabrique de Paul Bloas, ces géants picturaux de trois mètres accrochés aux murs et promis aux injures du temps. Il ne manque plus que la spécificité. « Il m'est apparu que la précarité est comme un cancer qui ronge ceux qui passent de refus en refus. Ce sont des vies en pointillés. J'ai représenté des gens avec des trous ». Sur les murs de Valenciennes, de la gare de desserte du tram' au pignon de la Caf, les monstres de la précarité ont alors éclaté avec les slogans de Pouy en guise de légende. À l'homme qui écarte les bras, il ajoute : « Je ne touche rien, je ne touche que le fond ». Paul Bloas multiplie les références, comme le vendeur de cartes postales en dépliant « qui vend des Cindy Crawford et des plages d'Hawaï, tout ce qu'il n'aura jamais ». Il ceinture une femme gigantesque de ses deux enfants, « qui la sécurisent et la contraignent en même temps », superpose un homme désoeuvré sur un slogan ancien qui dit « qu'ensemble tout devient possible ». Il colle, choque, envoie Pouy convaincre ceux qui « pensent que c'est de la merde ». Paul Bloas espère maintenant que ses soixante-dix précaires à double titre verront Noël. Il a bon espoir.

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