5 janvier 2012 - 5 réactions
Et si les coquilles d'huîtres, les algues, les arêtes ou les abats de poissons avaient une valeur marchande? Gwenaël Baudimant en est convaincu. Ce chef d'entreprise nantais en achète à tour de bras. Plusieurs milliers de tonnes par an. Puis il les transforme en huiles, en poudres ou en capsules qui sont ensuite vendues à l'industrie agroalimentaire, cosmétique et pharmaceutique. Les molécules issues des déchets de la pêche entrent ainsi dans la composition de multiples ingrédients nutritionnels: crèmes antirides, produits favorisant l'oxygénation du sang des sportifs ou encore compléments alimentaires. Surfant sur la vague des produits naturels, le business de Phosphotech, la PME que cet ancien chercheur d'Ifremer a créée en 2000, est en plein essor. À tel point que l'entreprise nantaise, dont la production est aujourd'hui sous-traitée auprès de cinq industriels européens, projette de se doter, d'ici à 2015, d'une usine de 3.000m² à proximité du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes(44). Un investissement de huit millions d'euros. Colossal pour cette société de trente salariés qui dégage cinq millions de chiffre d'affaires.
La France, ce n'est pas le Pérou
Si les applications et les débouchés sont nombreux - Phosphotech vendant jusqu'en Chine et au Japon -, l'approvisionnement s'avère toutefois problématique. «Nous perdons aujourd'hui des marchés car nous manquons de matière première», confie Gwenaël Baudimant. Phosphotech se fournit essentiellement auprès de pêcheurs d'Amérique du Sud et d'Asie. Très peu en France, qui présente pourtant la cinquième flotte de l'Union européenne! «La quantité débarquée n'est généralement pas suffisante et la filière de collecte n'est pas organisée», estime le chef d'entreprise. Ce n'est pourtant pas la matière première qui manque. «Les deux tiers d'un trait de chalut ne sont pas valorisés et, sur le tiers qui est amené à terre, seulement 40% le sont. Il y a donc un énorme gâchis», poursuit ce docteur en chimie de Centrale Paris.
De l'or en barre... pour les crabes!
Celui-ci rêve aujourd'hui qu'une filière de collecte et de prétransformation des coproduits de la mer se monte en France. «C'est malheureux de jeter aux crabes une matière première qui peut amener de l'argent aux pêcheurs», regrette-t-il. Et notamment aux professionnels bretons qui ont, malgré eux, contribué à la création de Phosphotech. Issu d'une famille de marins de Binic (22), c'est, en effet, sur ses terres natales que Gwenaël Baudimant prend conscience de la quantité de matière première non valorisée. «C'est de l'or en barre! Mais, vous savez, je n'ai rien inventé. De l'huile de foie de morue, nos grands-mères en font depuis des générations». Une façon aussi d'affirmer que dans le poisson, c'est comme dans le cochon, tout est bon!